Le week-end dernier, s’est tenue la deuxième « assemblée des assemblées » des Gilets Jaunes. Durant trois jours, 800 personnes, venant des quatre coins de la France et représentant plus de 250 délégations, ont débattu, échangé et partagé sur la situation du mouvement et ses perspectives d’avenir. Si ils reconnaissent subir la fatigue, alors que se profilent le XXIIème acte ce samedi, la détermination et la fougue de tous les présents sont grandissantes.
Si les uns et les autres ne sont pas tous d’accord sur les modes d’action ni même sur ce que doit être le but de ces assemblées des assemblées (doivent t-elles être uniquement des assemblées de discussion, ou doivent t-elles permettent de structurer démocratiquement le mouvement des gilets jaunes à l’échelle nationale ? Et si c’est le cas, comment gérer le cas des représentants ?), tous sont néanmoins d’accord sur le fait qu’il y a un ennemi commun : « le système ». Et un objectif prioritaire de base qui est celui de faire tomber Macron et ses réformes.
Il y a aussi la volonté de continuer ce qui avait été commencé avec « l’appel de Commercy », lors de la première assemblée des gilets jaunes à Comercy en Janvier, qui réunissaient seulement 200 délégués de 75 assemblées. A l’époque déjà, la première AG des AG avait vu les débats pencher fortement vers des thématiques et valeurs « de gauche » : sur la répartition des richesses, la question du mal logement, l’opposition aux violences policières, la convergence des luttes… Et les grandes revendications qui furent retenus à la fin : « Nous nous révoltons contre cette société profondément injuste, contre la vie chère, la précarité, la misère. Nous voulons pour nos proches, nos familles, et nos enfant vivre dans la dignité. 26 milliardaires possèdent autant que la moitié de l’humanité, c’est inacceptable. Partageons la richesse. Nous exigions l’augmentation immédiate des salaires, des minimes sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement, à la santé, à l’éducation, des services publiques gratuits, et pour tous! » rappelle une gilet jaune.
Une autre camarde rappelle l’ampleur de la répression, dénonce la loi « anticasseurs « (finalement promulguée ce jeudi), et réclame la fin de l’impunité pour les forces de l’ordre, et l’amnistie pour toutes les victimes de la répression ».
A Saint-Nazaire, l’objectif était donc de continuer à structurer et organiser un espace de cohésion nationale. Un espace qui soit totalement horizontal, qui permette de faire émerger des propositions allant dans le sens de la population. Tout le contraire du « Grand Débat », que les gilets jaunes jugent unanimement comme étant une mascarade. Mascarade qui, sur le dos du contribuable (12 millions d’euros mobilisés) vise à attribuer le beau rôle à Macron en dépeignant les gilets jaunes (et l’opposition en générale) comme étant non représentatifs et leurs propositions dangereuses et irréfléchies.
Les gilets jaunes ont aussi, à cette occasion, rappelé leur attachement aux valeurs d’égalité entre tous et toutes, que pour la majorité d’entre eux ils portent des valeurs qui ne sont ni racistes, ni sexistes, ni LGBTIphobes, contrairement à ce que s’entête à dire le gouvernement.
Les différents thèmes de débat ont été répartis en 9 ateliers : « Stratégies », « actions », « revendications », « communication », « élections européennes », « faire face à la répression policière », « assemblée et municipalisme », « convergences écologiques », « comment ouvrir d’autres maisons du peuple ».
Sur ce dernier point, il y a un truc vraiment « stylé » qui s’est fait à Saint-Nazaire : depuis le 17 novembre, les Gilets jaunes occupent un bâtiment abandonné, qui était auparavant un pôle emploi. C’est devenu le lieu principal d’organisation du mouvement à Saint-Nazaire. Ce squat a permis de récréer des liens de solidarité pour les personnes qui sont en lutte, alors même que certains sont dans une extrême précarité et dorment dans leur voiture. Ce squat autogéré, imprégné par la culture ouvrière et le syndicalisme, est pourtant menacé d’expulsion par le préfet du département. Mais les Gilets jaunes de Saint-Nazaire ont le soutien des dockers, qui menacent de se mettre en grève en cas d’agissements des forces de l’ordre. C’est donc dans ce squat; que les maçons ont du agrandir pour l’occasion, que s’est tenue cette AG des AG. L’un des objectifs, c’est d’arriver à recréer ces espaces autonomes de lutte et de sociabilité dans d’autres villes…
Un autre objectif est celui de parvenir à sensibiliser toutes les personnes qui ne sont pas encore « Jaunes ». Pour cela, une semaine d’actions, lors de la semaine du 1er mai est prévue (en référence à la journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs). A été également évoquée la nécessité de s’unir et de « converger » avec les autres mouvements de contestation, pour ramener du monde sur les ronds-points (comme le mouvement des enseignants en lutte contre les réformes Blanquer, ou le mouvement des jeunes pour le climat). Définir de nouvelles formes d’actions semble important aussi, l’occupation de rond points ne recentrant plus le même succès qu’au début du mouvement.Le besoin de pluralité d’action aussi. A plus long terme, la date du G7 en août à Biarritz est évoquée.
En ce qui concerne les élections européennes, tous sont d’accord, là aussi, sur le fait que c’est une mascarade et que les listes autoproclamées « Gilets Jaunes » ne sont pas représentatives. Du coup, il faut profiter de cette échéance pour dénoncer la politique ultra-libérale et antidémocratique de l’UE. Les actions coup de poing et les actes de sensibilisation doivent continuer à se multiplier.
Si la prochaine assemblée est programmée pour la fin du printemps, la couleur de ce mouvement dont l’assemblée a réaffirmé les valeurs sociales et de lutte des classes, laisse présager des lendemains qui chantent pour la lutte. Et comme le montre cette assemblée, la réappropriation par le peuple de sa démocratie, par le biais de nouvelles formes de démocraties participatives, doit être à même de parvenir à structurer le mouvement des gilets jaunes afin qu’il puisse devenir un mouvement offensif (et non plus seulement un mouvement défensif visant à essayer d’enrayer les attaques sociales des gouvernements), qui vise à abattre le système oligarchique bourgeois et à le remplacer par une société plus égalitaire et plus libre, où chacun oeuvre pour le bien commun.
Et si, ces assemblées autonomes et ouvrières avaient les cartes en main pour propager l’insurrection que l’on attend depuis des décennies ? Et si, ceux qui ne sont rien parvenaient à tout renverser ?
Lucas Silva













