« Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste » — Kenneth Boulding.
« Changeons le système, pas le climat ! ». Cette phrase, que nous avons pu observer à plusieurs reprises sur les pancartes lors de la marche des jeunes pour le climat, nous semble être la première réflexion à poser sur la table, lorsque l’on veut parler sérieusement d’écologie. Cette affirmation peut pourtant sembler beaucoup trop radicale : en effet aujourd’hui, tout le monde, à droite comme à gauche, semble avoir pris conscience de l’importance de parler d’écologie. Tous les candidats à l’élection présidentielle de 2017 présentaient dans leur programme un volet « écologie », plus ou moins garni en proposition, plus ou moins pertinent, mais le fait est qu’on ne peut plus ignorer cette question.
Aujourd’hui, se revendiquer climatosceptique ou ignorer des enjeux écologiques est largement handicapant dans une carrière politique. Alors, chaque personnalité politique, lorsqu’elle est interrogée sur le sujet, va se lancer dans une série de belles propositions, plus ou moins radicales, destinées à sauver la planète, enrayer la fonte des glaces, et maintenir en vie les ours polaires. Le plus souvent, chez ces politiciens, on retrouve deux axes de pensées. A la fois, l’idée qu’on parviendra à sauver la planète si chacun y met du sien, par des actions individuelles (prendre le vélo, acheter du bio, utiliser des sacs biodégradables, trier ses déchets dans la poubelle jaune), et puis l’idée que la production doit être plus propre, que l’on doit entrer dans un modèle de croissance verte. En effet, il s’agirait de sauver l’environnement tout en maintenant le système économique globale qui est en place, et qui sert les intérêts de tous les patrons, lobbys et gouvernements de ce monde, le système capitaliste.
La conciliation de l’environnement avec l’accroissement infinie du capital et la production continue est impossible, et nous allons vous montrer pourquoi.
L’écologie sous le système capitaliste :
Pour définir la société capitaliste, on va s’en tenir à sa définition marxiste la plus simple : une société dite capitaliste est une société qui est basée sur la propriété privée des moyens de production, et leur concentration dans les mains d’une minorité d’individu. Ce qu’on entend par moyen de production, ce sont principalement les machines qui permettent de produire, les bâtiments, et certaines ressources. Le fait de posséder ces moyens de production permet à la classe bourgeoise de décider ce qu’il doit être produit, de quelle manière et en quelle quantité. e qui en découle, c’est que ces capitalistes sont les maîtres du marché de l’emploi. Ceux qui ne détiennent pas les moyens de production, c’est-à-dire l’immense majorité de la population, sont obligés de vendre leur force de travail à un détenteur de capital : soit le patron d’une entreprise, soit l’Etat. Pour celui qui détient le capital, l’objectif est que ses travailleurs soient le plus rentable possible, c’est-à-dire qu’ils produisent un maximum, tout en lui coûtant le moins cher possible, en salaire et en charges sociales. La soustraction de ce qu’il produit, moins ce qu’il coûte nous donne la plus-value, c’est à dire les bénéfices qu’en retire le patron/l’entreprise. Il peut ensuite choisir de réinvestir cette plus-value, pour accumuler du capital, c’est-à-dire acheter de nouvelles machines, en plus grand nombre, ou plus avancées techniquement, ce qui lui permettra de produire plus vite et plus efficacement. La plus-value sert aussi à rémunérer tous les actionnaires d’une entreprise. Plus la plus-value est importante, plus les dividendes versées aux actionnaires sont élevées. Patrons et actionnaires ont donc intérêt à ce que la plus-value soit le plus importante possible, pour continuer à s’enrichir, pour continuer à dominer la concurrence. Le capitalisme incite donc à une production toujours plus importante, et à une cadence effrénée, pour ne pas que l’entreprise coule. Or, les ressources de notre planète sont pour la plupart limitées : il y a un stock de ressources que l’on ne peut pas dépasser (c’est le cas du pétrole par exemple). De plus, l’utilisation massive du capital dans une société industrielle, dans désormais la majorité des pays du monde, ne peut aboutir qu’a une pollution et une dégradation de l’environnement.
Comment le capitalisme essaie t-il de concilier croissance infinie et « préservation de la planète ? » : en théorie on arrive déjà à une contradiction fondamentale entre deux intérêts antagonistes qui ne sont pas conciliables. Le capitalisme cherche à produire toujours plus, sans restriction autre que les lois du marché, quitte à épuiser et déréguler notre environnement de manière irréversible. Cependant, si le capitalisme prône la croissance infinie, cela va de paire avec la croyance en un progrès technologique infini et
exponentiel. C’est en l’espoir du progrès technologique que les défenseurs des thèses du capitalisme vert voient la fin de la destruction de l’environnement. Le capitalisme vert s’appuie notamment sur les travaux de Simon Kuznets, un économiste américain qui a reçu un prix Nobel en 1971. Selon lui, dans un premier temps, les pays vont polluer de plus en plus et détruire l’environnement, jusqu’à ce qu’ils aient atteint un certain niveau d’industrialisation et de compétence technologique, qui leur permettrait, par de nouvelles technologie de « dépolluer », et de réparer l’environnement, ou tout du moins de beaucoup moins polluer. Sauf que dans les faits, cette courbe et donc cette théorie ne se vérifie pas. En effet, très peu de pays, même parmi les plus développés et attachés à l’environnement, ont réussi à faire baisser leurs émissions de gaz à effet de serre, malgré leur niveau technologique. Ensuite, la part de destruction de l’homme sur l’environnement est de plus en plus importante chaque année (voir le nombre considérable d’espèces qui s’éteignent ou qui entrent dans la catégorie « espèce menacée » chaque année). Ainsi s’en remettre à un hypothétique salut du progrès technique, en lequel on croit aveuglément, mais sur lequel on ne sait rien, semble revenir à ne rien faire et à laisser la science décider de notre destin. Enfin, le troisième point qui fait, selon moi, que les thèses du capitalisme vert sont contre-productive, c’est que, on l’a vu, le capitalisme est totalement amoral par nature, et surtout, il n’a foi que dans le marché sur le temps très court, en témoigne le cours financier des actions, qui changent plusieurs fois par minute. On pourrait aussi se dire que le capitalisme, sachant que les ressources sont limitées, va les préserver un minimum, pour assurer sa survie. Or, en prenant l’exemple du pétrole, on voit que ce n’est pas le cas. Cette ressource, au niveau mondial, devrait coûter très chère pour la préserver. Or au contraire, on voit que le cours du pétrole est relativement bas (67$ le baril, alors qu’il était à 128$ en 2008). L’unique but du capital est de faire le maximum de profit à court terme, peu importe les éléments extérieurs. Il n’est donc pas possible par conséquent de confier à ce système la préservation des ressources naturelles, car ce n’est pas rentable, par définition. En pratique, le capitalisme, appuyé par les gouvernements néolibéraux, produit chaque jour ce qu’il y a de pire pour l’environnement.
En partant de ce constat là, toutes les interventions de Macron, qui se dit attaché à l’écologie, toutes ses belles déclarations, à base de « Make your planet great again », ne sont que du vent. Des belles paroles en l’air, du marketing, de l’hypocrisie, c’est-à-dire tout ce qu’il fait à chacune de ses interventions publiques. En effet, il ne peut rien faire qui aille dans un sens opposé à l’intérêt des grandes entreprises et des lobbys. Même Nicolas Hulot, qui est pourtant tout sauf anticapitaliste, a admis lui-même qu’il ne pouvait rien faire dans ce système. Du coup, Macron est sans cesse obligé de mentir ou de revenir sur ses déclarations, et annoncer que finalement il ne compte pas réduire le nucléaire sous son mandat et repousse la fermeture de recteurs à 2035, laissant donc des centrales dépasser largement 40 ans de fonctionnement. (Cf Projet de programmation pluriannuelle de l’énergie, présenté en novembre). Il n’interdira pas non plus le glyphosate (herbicide cancérigène) sous 3 ans, car l’Assemblée nationale a refusé les amendements allant dans ce sens (alors que dans le même temps l’UE a renouvelé son autorisation jusqu’en 2022). Ce ne sont que des exemples, et il y en aurait tant d’autres, mais cela nous montre la réalité derrière les bonnes intentions.
Au niveau mondial, quelques faits pour mesurer l’ampleur des dégâts :
La flotte maritime représente plus de 80% des flux commerciaux, et un seul paquebot pollue autant pour la même distance qu’un million de voitures. La déforestation de l’Amazonie représente, pour la seule année 2018, plus de 7 900 km² de forêts, soit environ 1.185 milliards d’arbres abattus (75 fois la surface de Paris). Le taux de disparition des espèces animales est mille fois supérieure à la normale, un tiers des oiseaux ont disparu en 15 ans, 97% des poissons auront disparu de nos océans en 2050…
Pourquoi la seule solution est donc celle d’en finir avec le système pour aller vers une véritable société communiste ? Ces faits-là sont alarmants, et pourtant il nous semble impossible à concevoir pour le commun des mortels. A une telle échelle, l’action individuelle, si louable soit elle, n’a aucun impact et restera dérisoire face aux grandes industries. La seule solution pour éviter l’effondrement de nos civilisations et la disparition totale de l’Humanité est de changer radicalement de système.
Non, nous communistes, ne voulons pas du « capitalisme vert », du « développement durable », ni de votre démocratie représentative bourgeoise, nous ne voulons pas de réformettes. Nous voulons en finir avec l’idéologie de la croissance, en finir avec les profits exorbitants qui tombent dans les mains de quelques uns ! Nous pensons qu’il faut prôner la solidarité et l’égalité plutôt que la concurrence, la destruction et l’écrasement. La production des biens nécessaires à l’épanouissement de l’Humanité toute entière doit s’organiser selon les principes du communisme résumés par cette phrase : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ». C’est là l’unique chemin pour sauver l’Humanité !
Lucas Silva