Entretien avec Cécile Dumas, responsable adjointe du secteur international en charge des enjeux migratoires du PCF et conseillère municipale à la mairie d’Antibes
-Que pouvez-vous nous dire sur la question migratoire actuelle ?
Les phénomènes migratoires sont multiples, à toutes les frontières de la France : frontière franco-italienne, franco-espagnole,… Multiples, mais pas massifs. L’État français ne respecte pas le droit international alors qu’il est signataire de toutes les conventions internationales, y compris le droit de l’enfant. Tous les jours, nous assistons à des drames pour les mineurs isolés.
Je voudrais insister sur ce point : contrairement aux idées véhiculées par certains, il n’y a pas d’invasion des migrants, qui voleraient l’argent de la France. Un migrant ne touche rien de la France. Quand il arrive, il doit se débrouiller pour avoir des droits. En tout, l’année dernière, il y a eu seulement 33 000 demandes d’asile acceptées (pour un pays qui est la cinquième puissance mondiale et qui a plus de 66 millions d’habitants).
Il faut que le PCF propose, dans la campagne des Européennes, de légiférer sur des voies sûres et légales de migration : donner des visas humanitaires pour ceux qui fuient les conflits, faire en sorte que Frontex ne livre pas les migrants à la Libye mais au contraire sauve les migrants.
Cela n’est pas acceptable de se dire que la Méditerranée est le lieu le plus dangereux au monde pour les migrants : 8300 morts depuis janvier 2018.
Les flux migratoires et les mouvements de population datent de la nuit des temps. La plupart des pays se sont construits par des mouvements de population, et ça ne changera pas. Aujourd’hui, il y a 4 millions de Français qui vivent à l’étranger. Or, on parle autant de ces travailleurs expatriés ?
-Quelles sont vos impressions sur le traité de Marrakech ?
Le traité de Marrakech a été honteusement exploitée par le FN et la droite dure. Parce que dire qu’il soumettait les pays à une telle politique migratoire est complètement faux. Au contraire, le problème de ce traité est qu’il n’est pas contraignant.
L’aspect positif est d’avoir mondialisé ce débat, et avoir remis en avant les droits internationaux. Idéalement, il faudrait un véritable suivi de l’ONU, et bannir certaines politiques comme nous pouvons l’avoir en France. C’est une honte de voir aujourd’hui des centaines d’enfants livrés à eux-mêmes en France, dans la rue, qui ne trouvent refuge que dans la mafia, la prostitution ou la drogue.
-Comment évoluent les flux migratoires dans le département depuis fin 2017 et la chute de Daesh ?
Les flux migratoires dans le département sont certes moins importants qu’en 2015, mais ils sont toujours constants. Et la réponse de l’État est la même : la fermeture de la frontière. En plus, ça coûte un fric monstrueux et ça ne sert à rien. D’après les estimations, la sécurisation de la frontière dans les Alpes-Maritimes coûterait près de 50 000 euros par semaine. Stop !
-Quels combats sont encore à mener aujourd’hui ?
Il faut continuer à dire la vérité, et non fantasmer sur les chiffres. Notre combat de tous les jours est de faire en sorte que s’installe un bureau de la Préfecture à la frontière franco-italienne, pour que les migrants puissent accéder à leurs droits : demande d’asile, carte de résident pour le travail, demande de rapprochement familial. À la frontière, il faut un temps de pause pour les migrants, de soins sanitaires et psychologiques, un centre d’accueil pour qu’ils puissent choisir une nouvelle vie.
-Est-ce qu’on a assisté à un changement des mentalités depuis la médiatisation de l’engagement de Cédric Herrou ?
À un moment, je l’ai pensé. Cédric Herrou a permis de faire exploser le débat médiatiquement. Or aujourd’hui, malheureusement, ça retombe. Le problème est que nos responsables politiques n’en parlent pas assez. Ce n’est pas pour rien si les idées xénophobes et racistes sont actuellement très prégnantes en France.
De plus, je pense que les débouchés politiques du mouvement social ne sont pas bons. L’idée du coût des migrants est gênante. Un homme ne coûte pas. L’utilisation de ce débat par certains est négatif. Et malheureusement, il est à mon goût trop présent dans le mouvement des gilets jaunes des Alpes-Maritimes et du Var. Je sais bien que ce mouvement des gilets jaunes n’a rien d’homogène, mais ça peut poser problème pour la suite.
À voir.















