L’INDIGNATION, HISTOIRE D’UN JOURNAL MILITANT

C’est en septembre 2017 que le premier numéro du journal sort de l’imprimerie étudiante COREP. Né suite à la création d’un collectif militant de jeunesse, le journal se veut l’étendard idéologique de l’organisation.

L’idée simple pour la jeunesse, c’est qu’aujourd’hui des choses nous interpellent et il nous semble important d’en parler. De ce constat, il sort principalement des articles qui dénoncent des réformes, des actes fascistes et fait le bilan des actions syndicales et politiques mensuelles.

Le journal a eu la chance d’être à l’avant garde notamment sur le blocage et la résistance historique, l’année dernière, de la faculté de sciences de Valrose, et de la percée de la gauche étudiante dans les instances des UFR. Nos rédacteurs, qui sont avant tout des militants communistes et de gauche, peuvent être fiers de participer aux actions et ainsi de pouvoir retranscrire dans le journal la véritable trame des jours de lutte.

Le journal, proposé à prix libre pour soutenir la jeunesse en lutte, a connu un succès quand les camarades les diffusaient dans les rassemblements et les fêtes populaires de l’arrière-pays niçois comme la fête du Cannet, la fête du Patriote à Contes ou encore la mythique fête du Château… Nous avons écoulé pour 1200 exemplaires de nos 7 numéros, imprimés en noir et blanc dans les imprimeries étudiantes entre deux cours d’amphis. Ces ventes nous permettent de financer le prochain numéro dans un premier temps, puis avec le petit bénéfice, quand il y en a un, nous achetons du matériel militant pour la jeunesse comme les banderoles, la peinture, et notre fidèle mégaphone qui galvanisait la foule étudiante de ses slogans révolutionnaires lors des manifestations contre la sélection et les masters payants.

Rédacteurs, nous venons de tous bords : étudiants, professeurs, lycéens et chômeurs. Nous avons tous des cursus d’études différents et des origines qui nous permettent une pluralité des articles, allant des territoires ruraux oubliés par Paris aux luttes de libérations régionalistes. Nous nous revendiquons comme un journal solidaire, révolutionnaire et progressiste, à l’image de notre militantisme. Nous assumons le choix de réflexion sur la société actuelle ainsi que l’autocritique de nos mouvements afin d’être irréprochables sur le plan théorique.

Nous élargissons aujourd’hui notre journal : nous avons créé sa page Facebook, ainsi qu’un blog où nous publions des articles en version numérique. Aujourd’hui, nous avons choisi de proposer un journal à destination du peuple, toujours accessible à la jeunesse. Nous continuerons de parler des actions, de l’actualité internationale. Bien évidemment, nous continuerons également de vous proposer nos analyses ainsi qu’une rubrique « pages de libre paroles », pour que tout le monde puisse parler de son ressenti. Pour l’instant, il sera toujours publié et distribué lors des rassemblements populaires, de la même manière que les journaux d’avant garde d’antan. Nous sommes fils d’ouvriers, de professeurs, du service public et nous voulons porter notre voix, quoi de mieux que les mots ? Les mots sont témoins, les mots restent. Plus qu’un journal, un témoin de nos luttes, qui sera garant de la mémoire de notre militantisme.

Nous serons toujours à l’avant garde sur les sujets sociaux, et toujours contre les injustices des puissants contre le peuple, de l’impérialisme et du capitalisme. Nous avons un seul mot d’ordre : Dieu pardonne, pas le prolétariat ! A bientôt en manifestation, merci d’être fidèle et de soutenir.

L’indignation

A DROGA FORA – LA DROGUE DEHORS ! UNE PARTIE DE LA JEUNESSE FAIT FRONT CONTRE LES VENDEURS DE MORT !

Comment devrait se positionner un jeune marxiste sur la question des drogues ?

Il n’y aurait pas de réponses spécifiques, mais nous devons nous poser une question primordiale : quelle société voulons nous construire ? Quelles sont les valeurs que nous souhaitons partager au monde ? Une société qui arrive à bannir de ses rangs ses fardeaux, une société qui repose sur des bases saines et qui montre l’exemple. Nous sommes communistes et nous souhaitons donner l’accès au peuple aux meilleures conditions de vie possibles. Nous pensons que les drogues – et nous pouvons même inclure le tabac et l’alcool – aujourd’hui brisent des foyers, deviennent des refuges et causent des dommages au peuple. Une partie de la gauche souhaite légaliser les stupéfiants à des fins récréatives, ou pour rapporter l’argent à l’État, car la France est le premier consommateur de cannabis en Europe, et il se priverait donc d’un revenu supplémentaire sur l’impôt. Légaliser deviendrait aussi un moyen de lutter contre le trafic parallèle et la violence lié au trafic. Voilà ma position sur le sujet : je condamne fermement les vendeurs de mort, qui opèrent aujourd’hui à ciel ouvert, jusque dans les facultés et le lycées. L’idéal serait qu’un consommateur ne soit plus inquiété pour ses libertés individuelles, en revanche, les vendeurs doivent être sévèrement punis pour le trafic illégal, profitant de la dépendance d’une partie de la population. Pour les consommateurs il faut progresser au niveau de la prise en charge et du traitement de l’addiction, sensibiliser la jeunesse sur le danger qui gangrène même les petits villages. La drogue est un ennemi public, pas le consommateur, qui en est une victime. Les facteurs d’une chute dans le trafic ET dans la consommation excessive sont généralement des pressions liées à ce que nous combattons déjà, le capitalisme et l’oppression du peuple. Il est évident que le lien entre vente/trafic et isolation sociale (cités…) et inégalité des chances dans un milieu éducatif et professionnel lambda se vérifie. Le lien entre dépendance et oppressions quotidiennes au niveau professionnel, qui apporte préjudice moral et physique au travailleur ou au chômeur se vérifie aussi. Pourtant, l’usage n’est plus aussi cliché que ça, aujourd’hui de nombreux consommateurs bourgeois propagent en toute quiétude cette mode chez les plus jeunes. Les parvis des facultés, devant les lycées, parfois même au collège, sont lieux de consommations impunis.

Alors, au risque évident d’être à contre courant au sein même de ma famille politique, j’adopte l’appel à la jeunesse du groupe l’Arcusgi : Fait front jeunesse, combat comme 100 les vendeurs de morts !

Ghjuvan. S

 

Source image :

-http://www.rondelleplus.org/2018/02/28/le-cannabis-est-de-loin-la-drogue-la-plus-consommee-suivi-de-la-cocainecrack-et-de-lheroine-le-senegal-lance-le-diplome-duniversite-daddictologie/

Des conditions d’étude déplorables à la Faculté de Lettres de Nice

Les locaux de la faculté publique de Lettres, Arts et Sciences Humaines (LASH) de Nice, sur le Campus Carlone, sont dans un état critique.

Devant l’indifférence générale, laissée pour compte du système de financement de l’université régionale au profit de facultés plus lucratives et davantage en lien avec le monde professionnel ; pour l’étudiant comme pour l’enseignant, l’environnement d’étude de la faculté est devenu exécrable, voire dangereux. Nous sommes chaque jour confrontés à des conditions de travail affligeantes, qui ne suscitent chez les étudiants plus aucun désir de s’instruire, ne favorisent plus un cadre d’échange et de vie collective attrayante. Ces constats nuisent fortement à l’accessibilité de toutes et de tous aux savoirs liés aux sciences humaines et sociales.

Malgré une éducation proposée de qualité, des motivations et des investissements personnels des professeurs et des étudiants, on peut aisément ressentir sur ces lieux la gêne étouffée de ces acteurs qui font vivre l’Université française, une envie commune et terrible de les déserter.

La faculté de Lettres est classée « Architecture Contemporaine Remarquable » par la Commission Régionale du Patrimoine et des Sites (1), cette labellisation est devenue un prétexte pour empêcher tous travaux de reconstruction ou de restructuration au sein de l’établissement. Au programme : des arbres déracinés, des trous dans les murs, des infiltrations d’eau dans l’enceinte de l’établissement, de potentiels restes d’amiante et plus récemment, des risques d’écroulement du plafond dans la bibliothèque transforment ce temple de savoirs et d’application aux études en locaux inhospitaliers.

C’était en Novembre dernier, un pin centenaire se déracine durant les intempéries de fin d’automne et chute dans la cour principale, lieu de vie très fréquenté durant les pauses-déjeuner par les étudiants. Par chance, aucun blessé n’est à déplorer. Mais les autres arbres sont coupés et ne laissent derrière eux qu’un endroit encore plus monotone, pourtant déjà insipide, offrant comme unique panorama la vue des locaux sales, dont les couleurs inexpressives ne rappellent que sa structure maussade, inélégante et recouverte de coulées de crasse et de bistre, de suie détrempée, solidaires des murs.

Dans le bâtiment principal, le bâtiment H, de nombreux stores ne s’ouvrent ou ne se ferment plus, leurs enrouleurs manuels sont cassés ou dysfonctionnent régulièrement. Il est aussi habituel de rencontrer dans les étages de ce bâtiment des fissures et des trous dans les couloirs donnant vue directement à l’intérieur des salles de cours. Le bâtiment IT, attenant, connaît aussi – de longue date – des infiltrations d’eau au point que des salles ont été inondées en 2016 et que de l’eau ait pu sortir par les murs, dans les couloirs, en mars 2018. Quand les toilettes ne sont pas d’une malpropreté sans nom (nous ne voudrions toutefois pas blâmer le personnel d’entretien qui fait son possible en sous-effectif), elles sont régulièrement fermées et posent des problèmes d’hygiène évidents, notamment aux femmes pour lesquelles l’accès aux équipements sanitaires devrait être une priorité indiscutable. Les difficultés d’écoulement touchent aussi les canalisations : dans les différents étages, plusieurs lavabos n’ont plus de tuyauteries mais les robinets sont fonctionnels, la majorité des urinoirs sont condamnés (ou bouchés) et recouverts d’un sac en plastique noir depuis au moins 8 mois. Certaines installations d’aisances présentent des signes d’une vétusté visible (lézardement des porcelaines, fentes, égouttements…) qui semblent pourtant ne pas être explicites pour tous : les maintenances ont l’air inexistantes.

Jusqu’ici, le délabrement généralisé de la faculté s’est avéré relever d’une certaine décrépitude, liée à la vieillesse et l’ingérence des locaux. Seulement, d’autres constatations s’avèrent plus alarmantes. En cherchant un peu, nous pouvons apprendre qu’un désamiantage aurait été entreprit en avril 2012. Cependant, il est pratiquement impossible de savoir si tout l’amiante a été retiré ou s’il en demeure toujours dans le campus. Aucune transparence n’est pratiquée à ce sujet – une irresponsabilité hallucinante – ce qui est d’autant plus inquiétant au vu des trous dans les murs. Ces derniers jours, des postes de travail et un espace conséquent ont été condamnés dans la Bibliothèque Universitaire par une bande plastique de chantier en raison d’un plafond qui menace de s’effondrer sur les étudiants et visiteurs.

Face à ce lamentable et désolant bilan, nous nous posons deux questions : à l’heure où les frais d’inscription augmentent dans le milieu public, quel est le budget réel de l’établissement et où va-t-il ? Les quelques travaux de restauration ne semblent être consacrés qu’à un embellissement accessoire (de la peinture à l’extérieur) et au seul lieu de vie de la faculté qui puisse encore générer des profits : la cafétéria.

Dans la jungle des allocations budgétaires et financières aux structures de l’enseignement supérieur, les facultés de Lettres et les ensembles universitaires littéraires sont habituées à recevoir moins, à devoir faire le plus de concessions, d’efforts, à subir un mépris systémique de l’émancipation philosophique qu’elles offrent, au profit d’établissements proposant des apprentissages techniques, scientifiques ou relevant de formations en lien étroit avec le modèle d’une économie de marché appliquée.

Ne choque-t-il plus personne aujourd’hui d’entendre dire que la pratique des Arts, l’étude de la Littérature, des Langues, des Lettres, l’apprentissage des Sciences Humaines sont inutiles puisque ne rapportant que peu en comparaison à d’autres disciplines moins intellectuelles et plus terre-à-terre des conceptions néo-libérales, telles que les Sciences Economiques ou le Droit ? Souvenons-nous que les Sciences Humaines, les Arts, les Lettres, et en définitive toute la richesse des savoirs intellectuels et culturels forment l’identité de l’être-humain, le plus bel héritage promis aux générations futures mais surtout, que c’est l’ultime rempart face à la bêtise, à l’obscurantisme, et, dans ces temps troublés de retour grinçant de la bête noire, du fascisme, de la xénophobie, de l’exclusion et de l’ignorance ; la culture et sa diffusion constituent le phare qui se dresse hors de la brume brune, pour guider nos semblables sur les chemins de la tolérance, de la sagesse et de l’érudition.

Vous êtes étudiant à la faculté de Lettres, d’Arts et de Sciences Humaines de Nice ? Nous vous invitons à donner votre avis sur la qualité de votre expérience de vie universitaire dans notre sondage organisé sur la page Facebook de notre journal. Nous organisons également une pétition pour la rénovation du Campus de Carlone à laquelle nous vous invitons à participer. N’attendons pas des blessés, agissons ensemble dans notre intérêt commun.

Aldetrüht Beichidis et Jean Leroy

Notes :

  1. http://unice.fr/faculte-des-lettres-arts-sciences-humaines/presentation/les-campus/carlone
  2. https://centraledesmarches.com/marches-publics/Nice-Universite-de-Nice- Sophia-Antipolis-T10-17-desamiantage-et-remplacement-des-portes-des- placards-techniques-Campus-Carlone/84593

Les enjeux de la libéralisation de l’enseignement supérieur

Pourquoi ces réformes en profondeur sont-elles le véritable pivot du projet politique porté par Macron et les Ultra-Libéraux ?

Le 19 novembre dernier, Edouard Philippe publiait un tweet, à la Donald Trump, pour annoncer la réforme intitulée « Bienvenue en France ». Cette mesure, contrairement à ce que son nom laisse penser, ne vise absolument pas à faciliter la venue d’étudiants étrangers dans les universités françaises, mais au contraire, à multiplier de façon exponentielle les frais d’inscriptions pour les potentiels étudiants non ressortissants de l’Union Européenne. Pour la licence, le prix d’inscription passe de 170 euros par année, à 2770 euros. Pour les masters et doctorants, le prix passe de 243 euros à 3770 euros, soit une multiplication des frais par près de 16.

Le premier ministre justifie cette augmentation par le fait que cet argent récolté grâce aux étudiants étrangers, nécessairement issus de bonne famille, permettrait de payer les bourses des étudiants méritants mais peu fortunés. Il affiche aussi son ambition d’accueillir pour l’an prochain 500 000 étudiants étrangers, contre 320 000 aujourd’hui. Ces tweets sont bien évidement démagogiques et résultent de simples éléments de communication, lorsque qu’on sait que le gouvernement n’a pas hésité à s’en prendre aux étudiants les plus précaires, par la baisse des APL notamment.

Concernant la supposée forte augmentation du nombre d’étudiants étrangers, elle est logiquement irréalisable, d’autant plus que depuis cette annonce, on note une baisse drastique de la fréquentation des bureaux de Campus France dans la plupart des pays. Un des tweets pourtant, apporte des éléments intéressants quand à la pensée globale et aux objectifs de ce gouvernement à long terme en matière d’enseignement supérieur : « Gagner la bataille de la concurrence internationale en accueillant les étudiants les plus brillants et les plus méritants, qu’ils viennent de Pékin ou de Khinssaha » Le mot est lâché : la concurrence internationale, le fer de lance de l’idéologie néolibérale. Cette concurrence, qui serait bénéfique à tout le monde, cette concurrence internationale qui est utilisée pour justifier la privatisation de services publics comme la SNCF, qui est utilisée comme argument pour justifier les délocalisations d’emploi et les fermetures d’entreprises. Cette concurrence, cette loi du plus rentable, qui s’impose drastiquement depuis 40 ans dans l’économie, est en train, progressivement depuis ces dernières années, de s’imposer dans l’éducation et l’enseignement supérieur. Cette augmentation des frais d’inscription n’est qu’une mesure de plus (et pas la dernière!) pour restreindre l’accès à l’université, pour ne garder que les éléments les plus « compétitifs et rentables » sur le marché du travail, c’est à dire les étudiants qui peuvent payer leur études et/ou qui sont excellents dans leur domaine. Si possible un domaine rentable pour l’économie capitaliste à l’échelle internationale.

La ministre Frédérique Vidal disait l’an dernier, dans le cadre de la mise en place des master IDEX à Nice (des Master d’excellence dont les frais d’inscription s’élèvent à 4 000 euros l’année), que les universités françaises se doivent de rayonner à l’international, et d’occuper de bonnes places dans les classements internationaux tel que le classement de Shanghai. Pour assurer cette compétitivité de l’enseignement supérieures, les différents gouvernement français ont multiplié les reformes :

– D’abord en 2007, la loi LRU, qui décrète l’autonomie des universités, c’est à dire qui autorise le financement des universités par des capitaux extérieurs privés (ce qui diminue l’investissement public, et commence à créer une hiérarchie entre les universités bien financées par les entreprises, et celles qui sont délaissées, à la fois par le secteur privé, et par l’Etat). Le président d’université peut être également bien plus libre dans la manière de gérer son université, ce qui le rapproche d’un PDG d’entreprise.

– Depuis 2009, les pôles universitaires des différentes régions fusionnent, afin de former de plus gros pôles universitaires, à l’échelle régionale, incluant souvent des structures privées. C’est le cas dans la région avec l’université d’Aix-Marseille, ou plus récemment, en 2015, lorsque l’Université de Nice Sophia-Antipolis devient l’Université Côte d’Azur, et englobe des écoles privées comme l’ESRA, L’EDECH ou la Skema, entre autre. C’est un mécanisme similaire aux fusions d’entreprises, lorsqu’un groupe industriel est racheté par un autre, dans l’optique de gagner des parts de marché.

– Sous Macron, l’offensive visant à faire de l’enseignement supérieur et de la recherche un pilier central du modèle néolibéral s’est accéléré, avec la Loi ORE, qui, via la plateforme Parcoursup, met en place la sélection à l’entrée de l’université, selon des critères définis par les établissements. Cela traduit deux choses. Premièrement, les attendus d’un établissement à l’autre sont désormais différents. Le bac n’est plus la clé universelle qui permet d’accéder à l’université. Il faut désormais des compétences supplémentaires, et les attendus sont plus ou moins élevés selon l’établissement et la filière dans lesquels on postule. Une hiérarchie des établissements se créée donc avec cette sélection, ce qui va se ressentir à l’obtention du diplôme et lors de l’arrivée sur le marché du travail .Les diplômes sont désormais « à la carte », avec la multiplication des options, des stages, et la possibilité de faire une licence en 2, 3 ou 4 ans, au choix. Cette Loi ORE hiérarchise les étudiants, les facultés et les diplômes. Elle va orienter les « meilleurs » lycéens dans les meilleurs universités et laisse sur le carreau ce qui n’ont pas assez de capital culturel ou qui viennent d’un lycée trop « mal coté » pour passer entre les mailles de la sélection. Pour que les universités puissent se justifier d’attirer les meilleurs étudiants, elles se doivent d’être bien classées dans les classements internationaux, et de mettre en place des programmes d’excellence, le plus souvent coûteux pour les étudiants. C’est ce qu’a mis en place l’UCA avec l’ouverture des Master IDEX (Indicateur d’excellence), à hauteur de 4 000 euros l’année. Ces « Masters », dont les cours sont entièrement dispensés en anglais sont reconnus à l’international et dans le monde du travail et de la recherche comme des diplômes d’une qualité supérieure à celle des masters « classiques ». En réalité, la qualité de l’enseignement n’est pas supérieure à celle d’un master classique dans la même université, ou tout du moins, le prix n’est absolument pas justifiable par cet argument. Mais peu importe en réalité, le tout est de le faire croire, et faire en sorte que les acteurs jouent le jeu de chaque coté. Faire croire que parce qu’on a investi plus d’argent, alors le diplôme sera obligatoirement de meilleur qualité. Que le fait de payer plus cher donne donc accès à plus de débouché dans son domaine, et à un avantage sur ces concurrents lors d’une recherche d’emploi. Les étudiants qui en ont les moyens vont accepter de payer cher pour obtenir ce « Master amélioré ». Il y a donc un double levier de concurrence, dont les deux cotés s’alimentent mutuellement. D’un coté les universités qui, par la sélection, vont sélectionner les meilleurs étudiants selon leurs besoins, ceux de la recherche, et des entreprises dans leur domaine, et de l’autre les étudiants les plus fortunés (qui sont aussi ceux qui ont accès, ou peuvent avoir accès facilement au capital culturel) qui sélectionnent leurs universités selon le diplôme qu’elles seront en mesure de leur fournir. De l’autre coté de l’échelle, on retrouve les étudiants issus des « lycées en difficulté » et/ou ceux qui ont eu des notes moyennes, qui se retrouvent sur liste d’attente sur Parcoursup, voire parfois, avec une liste de voeux uniquement composée de refus. De leur coté, les universités « En Marge » sont délaissées par l’Etat, et ne reçoivent pas un financement à la hauteur de leurs besoins, avec pour conséquences directes : des bâtiments délabrés, un manque de personnels administratifs, des amphis surchargés, des enseignants-chercheurs sous contrat précaires… Cette liste est non exhaustive. Cette institutionnalisation de la concurrence à l’université, qui se joue bien souvent dès le début du lycée, est un moyen de mettre fin, de manière légale et institutionnelle, à la fameuse « Égalité des chances républicaine ». Si la sociologie a montré depuis plusieurs décennies déjà que l’égalité des chances est plus que très imparfaite, et que les chances de réussite de chaque individu dépendent largement de son environnement social et de son accès aux différentes formes de capital économique, social et culturel, il n’en reste pas moins que c’est la première fois en France que la sélection à l’entrée de l’université publique se fait de manière brute et officielle, par l’instauration d’une loi. De plus, l’inégalité se fait désormais aussi sur le niveau géographique, étant donné qu’un lycéen issu d’un établissement de province, pas spécialement bien réputé, sera souvent derrière les lycéens des lycées des grandes villes lors de la sélection, et ce, même si il a de bien meilleurs résultats. Dans ce contexte, la loi sur la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers extra-communautaires, en plus d’avoir un caractère raciste évident, est surtout un moyen pour les gouvernements d’avancer doucement vers l’idée de la fin de l’université gratuite, et l’instauration d’une université payante à l’image des pays anglo-saxons. L’idée est de faire payer les extras-communautaires, puis les étrangers européens et enfin les étudiants français. Avec cette méthode, cela permet d’augmenter très fortement et rapidement les frais d’inscription, sans avoir à passer par des « paliers ». Les étudiants qui veulent accéder à l’université devront, dans la plupart des cas, contracter un crédit, comme cela se fait depuis longtemps outre-atlantique. Sous couvert de modernité, de concurrence et d’innovation, on incite les étudiants à s’endetter pour payer leur formation. Ainsi, on peut les rendre corvéables à merci, puisque qu’ils seront ensuite obligés de rembourser leur(s) crédit(s) sur plusieurs années après leur études. Aussi, l’accès au savoir à l’université n’est plus un bonus ou même quelque chose que l’on recherche pour être plus compétent, mais désormais un investissement, à destination de ceux qui peuvent se le permettre, afin d’optimiser ses compétences et sa rentabilité, avant de se mettre au service d’une entreprise.

L’université est un moyen de développer son Capital Humain (Les capacité de rédaction, d’analyse, de mémorisation, les savoirs…), pour les mettre aux service d’une entreprise, et donc du capital économique. Le diplôme ne sanctionne plus la maîtrise de connaissances et de savoir-faire dans une discipline intellectuelle, mais une garantie pour une entreprise, que l’on est une valeur sûre, que l’on peut être rentable et adaptable pour répondre à ses besoins. La nouvelle tendance du XXIème siècle et du néolibéralisme européen est donc de privatiser les lieux du savoir et de la connaissance pour les intérêts du capitalisme, avec pour seuls objectifs la compétitivité des entreprises (qui s’intéressent seulement aux meilleurs étudiants ultra spécialisés), et la recherche dans les domaines dits « d’avenir » qui présentent un intérêt pour l’économie capitaliste mondialisée. Ainsi, la connaissance comme but en soit est oubliée, de même que les sciences humaines, jugées non rentables, ou encore les domaines de recherche trop coûteux ou n’étant pas rentables à court terme. A titre d’exemple, ce n’est pas demain la veille qu’on investira dans la recherche spatiale, domaine pourtant fascinant, et indispensable pour le futur. L’objectif du gouvernement d’Emamnuel Macron, et d’autres gouvernements en Europe, est donc progressivement de mettre fin à la gratuité de l’enseignement supérieur et de se tourner vers un modèle d’université payante comme on trouve aux Etats-Unis et au Canada. Rappelons qu’au Canada, une année d’enseignement supérieur à l’université se chiffre entre 20 000 et 30 000 dollars par an. Aux USA, l’année d’enseignement coûte entre 20 000 et 70 000 dollars selon les établissements. Tout en sachant que les frais d’inscription augmentent de 9% à 12% par an ! Le crédit étudiant constitue la norme dans ces pays et un étudiant américain a une dette moyenne de 32 000 dollars. Certains traînent cette dette toute leur vie sans jamais pouvoir la rembourser et sont en permanence dans un situation précaire malgré leur diplôme. Les universités nord-américaines, de leur coté, sont engagées dans une course aux chiffres d’affaire, car l’Etat ne leur donne plus de subvention, et qu’elle veulent attirer les meilleurs étudiants étrangers, et les plus fortunés. Exactement le projet prévu en France par Macron, Vidal et leurs disciples.

En tant que communiste, il est de notre devoir de lutter contre ce projet cauchemardesque, et de militer au contraire pour une éducation plus égalitaire, plus saine et porteuse de valeurs sociales.

L. Silva

Les enseignants des lycées des Alpes-Maritimes entrent en grève !

Le 16 janvier dernier, le Rectorat de Nice annonçait déjà la couleur pour la future rentrée scolaire 2019-2020 : 1738 élèves de plus dans l’académie pour seulement 8 enseignants recrutés (1). Soit un manque à gagner de 1500 heures, à se répartir entre l’ensemble des professeurs. Ou bien augmenter les effectifs des classes. Peut-être les deux.

Le ministère de l’Éducation nationale a été clair sur ce sujet : il faut donner des heures supplémentaires aux enseignants pour qu’ils puissent gagner plus… Jean-Michel Blanquer répond ainsi au slogan de Nicolas Sarkozy : « travailler plus pour gagner plus ». Or, le mouvement des stylos rouges, qui s’inscrit dans le contexte actuel de colère nationale, demande une augmentation des salaires et du pouvoir d’achat ! Et non la hausse du temps de travail. Autre revendication : une augmentation des effectifs d’enseignants (les places aux concours de l’enseignement ne font que de baisser depuis la présidence Macron). L’académie de Nice aurait pu recruter plus de 80 professeurs avec l’augmentation du nombre d’élèves pour la rentrée prochaine. Il n’en est rien.

La réforme du lycée ne fait de plus qu’aggraver une situation déjà explosive. C’est pour cette raison que de plus en plus d’enseignants et de lycées se mettent en grève. Après le gel des notes au lycée Matisse de Vence avant les vacances, le lundi de la rentrée s’est caractérisé par la mise en grève de 80 enseignants sur 120 au plus grand lycée de Nice, le Parc Impérial. Malgré une augmentation annoncée des effectifs l’année prochaine, 115 heures d’enseignements seront supprimées chaque semaine entraînant la perte de huit postes dans cet établissement (2). Plusieurs enseignants annoncent pour cela mener une grève des notes en appliquant un « coefficient zéro » à tous les résultats des élèves.

Est-ce que d’autres lycées vont suivre ? Et la grève se poursuivre ? L’idée d’une grève des examens (Brevet, Baccalauréat…) de la part des enseignants, véhiculée sur les groupes des « stylos rouges », va-t-elle se produire ? Le gouvernement refuse de reculer depuis quelques mois avec le mouvement des gilets jaunes. Est-ce que les enseignants vont connaître un autre sort ?

Réponse dans quelques semaines.

Sources :
1. https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/academie-nice-chiffres-rentree-20191607825.html?fbclid=IwAR1IL6lkpaA_QO_4n_ozs6GTUtdh0Sxxt1x4VqHMUokS24z3mvM3DSK2s5I

2. https://www.nicematin.com/greve-mouvements-sociaux/operation-lycee-mort-pourquoi-les-profs-du-plus-grandbahut-de-nice-font-greve-ce-lundi-301509

Image : France3-régions

K. Gio

 

La lutte contre l’antisionisme, une guerre contre les musulmans pour l’extrême-droite !

Samedi 16 Février, nouvel acte des gilets jaunes. Un acte qui commence à devenir habituel, tous les samedis. Toutefois, celui-ci est marqué par un incident qui va prendre un tournure médiatique de grande ampleur : des insultes antisémites provenant de gilets jaunes contre ledit intellectuel Alain Finkielkraut. L’amalgame, tant dénoncé lors des attentats, est alors de mise : les gilets jaunes sont des antisémites selon les grands médias du pays ! 
De quelle manière décrédibiliser un mouvement ?
La réaction politique est massive : une manifestation contre l’antisémitisme est appelée par de nombreuses organisations politiques, syndicales et associatives, quelques jours après – le Mardi 19 Février. 
Objectif : faire front commun contre l’antisémitisme, et surtout contre les gilets jaunes pour le gouvernement ! 
L’extrême-droite, non invitée aux différents rassemblements, met quant à elle en cause, comme à son habitude, non pas les gilets jaunes mais bien évidemment… les musulmans.
Dans la matinale sur Cnews, dans l’émission « L’Heure des Pros » du 21 Février, Robert Ménard, proche du Rassemblement National et connu pour ses nombreux dérapages, pose le ton : « l’antisionisme des banlieues [des musulmans] est la face cachée de l’antisémitisme ». La critique de la politique de l’Etat d’Israël, soit l’antisionisme, serait réservée selon ses dires à quelques intellectuels et juifs. Les musulmans étant seulement antisémites, n’ayant aucune véritable connaissance de cette question : « ils parlent de la Palestine sans savoir où elle se situe pour une partie d’entre eux ». 
La haine des musulmans de la part de l’extrême-droite est affichée, son bouc-émissaire trouvé et répété. Tous les malheurs du monde viendraient d’eux. Pendant ce temps, Robert Ménard oublie que ses amis ont ou ont eu des positions clairement antisémites par le passé. 
Vouloir faire entrer l’antisionisme dans la définition de l’antisémitisme, comme certains proches du gouvernement le préconisent, semble être très dangereux. C’est faire le jeu de l’extrême-droite, avec pour seule cible : les musulmans !

K. Gio

 

Source image : Sud-Ouest, 27/02/2019