Février 2018 – LES ÉLECTIONS UNIVERSITAIRES À NICE, UN ENJEU POLITIQUE NATIONAL !

Des représentants déterminés pour défendre la Cause Etudiante ce 22 février !

« Si toi aussi tu es contre la sélection, vote pour la liste de « l’Indignation » !

Ce jeudi 22 février se tenaient les élections aux conseils centraux de l’Université de Nice Sophia Antipolis. L’occasion pour les étudiants de choisir ceux et celles qui auront pour mission de les représenter dans les trois principaux conseils démocratiques de l’université : le conseil d’administration (CA), le conseil de Formation de la Vie Universitaire (CFVU) et le Conseil de gestion. Ces conseils sont des lieux de démocratie dans lesquels étudiants, enseignants-chercheurs et membres du personnel de l’université prennent des décisions concernant la manière de gérer l’Université, sur des questions aussi diverses que le vote, la répartition et l’utilisation du budget qui est alloué à l’UNS, l’ouverture de nouvelles licences ou masters, la répartition des cours dans les formations, ou bien n’importe quel changement relatif à la vie dans la fac (réparation du chauffage ou lumière dans un amphi, l’instauration de menus végétariens au restaurant universitaire, ou la question de l’accès aux places du parking de la fac). C’est aussi par les représentants en conseil d’administration qu’est élu le/la président.e de l’Université, pour un mandat de 4 ans.

Pour cela, nous avons décidé de constituer une liste pour participer à ces élections et faire entendre la voix de la jeunesse de gauche au sein de l’université. Si nous sommes conscients que le poids décisionnel des étudiants est faible (16% environ des sièges du conseil, alors que nous représentons 95% de l’université), il est toutefois impensable de se priver d’une présence dans ces instances. En effet, si le vote d’un élu étudiant en conseil est souvent négligé, il lui permet de se positionner politiquement sur chaque question, et de nouer des liens avec les élus de l’administration ou enseignants-chercheurs pour en faire de potentiels alliés de lutte. Mais plus encore, le rôle principal d’un élu étudiant est d’être une courroie de transmission entre les instances de l’Université, assez opaques, et les étudiants. Il doit s’appliquer à la fois à faire remonter les problématiques rencontrées par les étudiants vers les conseils, informer au plus vite les étudiants sur ce qu’il se dit, et vote en conseils les changements au sein de l’université. D’un point de vu politique, l’élu étudiant a donc un rôle d’informateur des étudiants sur les réformes et les lois à venir, et se doit de constituer l’avant garde des mobilisations étudiantes. C’est pour ces raisons que le collectif a décidé de présenter une liste « Cause Etudiante » au CA, au CFVU de la Faculté de Lettres, ainsi qu’a la CFVU de la faculté de Sciences. Nous souhaitions aussi présenter une liste pour le conseil de gestion de la faculté de lettres, mais en raison d’un léger manque de temps, nous n’avons pas pu la déposer.

Les élections ayant lieu un jeudi, nous avons décidé de nous mobiliser intensément dès le lundi matin pour informer les étudiants présents sur le campus de l’échéance des élections, et surtout de notre programme et nos actions. Des camarades d’Angers, pour la plupart des communistes totalement géniaux, sont venus toute la semaine nous prêter main forte. Nous étions donc toute la journée une quinzaine de militants, répartis sur les campus de Carlone et de Valrose, pour informer les étudiants du « Plan Vidal » ou « Plan Etudiant ». Cette réforme, préparée par le gouvernement Macron, vise à instaurer une double sélection à l’université, par la « méritocratie » et par l’argent, pour réduire drastiquement le nombre d’étudiants à l’université et en faire une institution d’élite, calquée sur le modèle anglo-saxon. Nous expliquons à chaque étudiant les différents points de cette réforme : l’instauration d’une sélection déguisée en L1, sous la forme de pré-requis, l’augmentation des frais d’inscriptions, la fin de la compensation, le processus de modularisation des diplômes, la mise en concurrence des diplômes par la création de Masters d’excellence (IDEX)…

Les forces en présence

Outre ce contexte national de destruction de l’université libre et accessible à tous, nous devions pour préparer ces élections prendre en compte le contexte politique local de l’université de Nice. Ainsi ce n’est pas moins de cinq liste étudiantes, dont trois listes « de gauche » (qui luttent globalement sur les même problématiques étudiantes). On a donc eu sur les campus de lettres et de sciences :

-La liste de la FACE 06 (Bouge ton campus): l’association largement majoritaire sur les campus à Nice, organisée de manière corporatiste, et ralliée à la FAGE (première organisation étudiante depuis 2017) au niveau national. Ils se revendiquent apolitiques, mais tiennent une impossible ligne entre défense de façade des étudiants, et soutien plus ou moins dissimulé aux différents gouvernements. Certains de leurs dirigeants ont des relations avec le pouvoir en place, comme l’ancien président de la FAGE Alexandre Leroy, qui a fait parti de l’équipe de campagne montée par Manuel Valls, ou bien Greg Monetti, ancien président de la FACE 06, devenu assistant de Mme Vidal au gouvernement. Il convient de rappeler que la FACE 06 bénéficiait ces dernières années d’un soutient de Mme Vidal au sein de l’université, ainsi que de subventions de la part du maire Estrosi, pour leur contribution à la vie étudiante (soirée, conférences…), ce qui a grandement facilité leur implantation au sein de l’UNS.

-La liste U.N.I : une association politique de droite, à dominance libérale qui ressemble un large spectre politique, au niveau national, allant de LRM, à certaines formes d’extrêmes droites beaucoup plus conservatrices. Leur socle politique est basé sur la notion de méritocratie à l’université. Ils revendiquent une forme d’élitisme à l’université. Ils sont pour la sélection, pour la valorisation des diplômes sur le marché de l’entreprise. Ils ont cette idée que l’université doit être un tremplin vers le monde de l’entreprise. Ils sont aussi farouchement anticommunistes et opposés au mouvement sociaux. Nos adversaires idéologiques et électoraux directs ! Ils disposent environ d’une quinzaine de millitants sur les facs de Nice. Ils sont surtout présents en faculté de droit.

-La liste du syndicat Solidaires Etudiant.e.s : un syndicat étudiant révolutionnaire et de lutte, à tendance anarcho-trotskyste, se revendiquant de l’autogestion sur le modèle de la CFDT. Ils sont relativement actifs, essentiellement sur la faculté de lettres, mais pas très nombreux, et pas très intéressés pas les élections étudiantes qu’ils jugent inutiles pour la lutte révolutionnaire.

-Notre liste « Cause étudiante », une liste regroupant des étudiant.es de gauche, affiliés à un parti (PCF ou FI), provenant de l’UNEF de Nice, ou indépendants (qui sont majoritaires).

-Et, chose inédite pour ces élections, une cinquième liste : cette liste est le fruit de tensions internes à l’intérieur du syndicat UNEF. C’est une liste fantôme portant le nom de « L’UNEF », avec à la tête des dirigeants bureaucrates et aliénés d’une tendance nationale en décomposition, la TUAS. Pour tenter de reconquérir leur pouvoir de petits chefs nationaux sur une section locale de Nice autonome et révolutionnaire, les cadres de l’UNEF sont eux-même descendus sur Nice en masse la veille pour militer pour une liste qu’il n’a jamais été question de faire siéger, uniquement dans le but de calomnier et de détruire la section locale de Nice, sur laquelle ils n’avaient plus de pouvoir. Ils ont mobilisé presque une trentaine de militants bureaucrates sur les différents campus de Nice, venus de toute la France pour déverser leur haine et appliquer leurs méthodes staliniennes d’un autre temps. Étant totalement étrangers aux conditions réels des étudiants sur l’UNS et débitant un discours préformaté, ce fut un cuisant échec pour eux.#ByeLaTUAS.

Les Résultats des élections

Avant toute chose, il nous faut remercier tous les étudiant.es qui nous ont donné leurs voix durant ces élections. Nous sommes amplement satisfaits du résultat, qui dépasse même nos attentes. En effet nous avons obtenu 3 élus, au total, un par liste que nous avons présenter. Une élue en CA, un élu sur la CFVU de Valrose, et un élu sur la CFVU de Carlone. En terme de voix et d’élus, nous sommes la deuxième organisation étudiante, (derrière la Face 06) et la 1er force de gauche, laissant loin derrière « Solidaires Etudiant.e.s » et bien évidement les bureaucrates staliniens et réformistes de la liste de l’UNEF, qui ont déguerpi des campus la tête basse, dès l’annonce de leur défaite.

Au Conseil d’Administration :

67% Face,

17% Cause Etudiante,

17% UNI

élections étudiantes

Lucas. S

Mouvement social au Chili : « El Pueblo unido, jamàs sera vencido! »

Mercredi 30 Octobre. 11ème jour de contestation sociale ininterrompue pour les citoyens chiliens. Ce mouvement social, très offensif,  a vu plus de 1,2 million de personnes prendre d’assaut la capitale de Santiago simultanément, le week-end dernier. Et comme souvent, la répression est impitoyable. Le président conservateur Sebastian Pinera a envoyé l’armée dans la capitale, ce qui n’était plus arrivé depuis la fin de la dictature. Au total ce sont plus de 15 000 policiers et militaires qui font face aux manifestants. Déjà près de 40 morts sont à déplorer, dont au moins 6 par l’intervention directe des forces de l’ordre et des militaires, et plusieurs centaines de blessés.

L’élément déclencheur de ce mouvement social : la hausse du ticket de métro, dont le prix est passé de 800 à 830 pesos. Mais comme pour le mouvement des Gilets jaunes chez nous, cette augmentation du coût du transport est tout simplement la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les racines de la colère du peuple chilien se trouvent dans l’orientation politique et économique ultra-libérale, que les gouvernements successifs adoptent depuis cla dictature militaire de Pinochet en 1973. Rappelons au passage que le général Pinochet, avec le soutien financier des USA, a activement participé à la répression du Socialisme, par la dissolution des syndicats et des partis politiques, l’interdiction de toute littérature se rattachant de près ou de loin au socialisme, l’arrestation, l’emprisonnement et l’exécution par hélicoptère de tous les communistes et opposants au régime. Lui-même ayant pris le pouvoir à la suite d’un coup d’Etat contre le gouvernement socialiste de Salvador Allende. De part son hostilité aux politiques socialistes et le soutien américain, la dictature chilienne de l’époque devient un laboratoire d’expérimentation pour des politiques ultra-libérales en Amérique latine. Ces politiques s’appuient sur l’école économique des « Chicago Boys », et les théories de Milton Friedmann, économiste ultra-libéral, farouchement anticommuniste, frontalement opposé à toute intervention de l’Etat, qui prône la déréglementation économique absolue. Ces théories ont été une source d’inspiration quelques années plus tard pour Ronald Reagan, Margaret Thatcher, et, de nos jours, par les libertaires américains de la Silicon Valley. À partir de cela, au caractère dictatorial, répressif et sanguinaire du gouvernement de la junte, s’ajoute les multiples privatisations de tous les secteurs public du pays, à commencer par la santé et l’éducation.

Aussi, l’instauration d’un système de pension faisant le bonheur des organismes privés, qui est toujours en place en 2019, et dont la réforme est un point central de la lutte. Chaque salarié chilien doit, chaque mois, verser 10% de son salaire, en tant que « capitalisation retraite » à l’un des quatre fonds de pension privés chargés de reverser les retraites. Ce système, en plus d’être inégalitaire, leur laisse une retraite très largement inférieure à ce qu’ils touchaient durant leur vie active, et qui est bien évidement largement insuffisante. C’est la conséquence de la retraite par capitalisation, que nous prépare d’ailleurs Macron pour l’an prochain.

Globalement, si depuis les années 90, le taux de croissance économique reste très bon (2,6% ce semestre), et que le taux de chiliens sous le seuil de pauvreté a chuté (pour descendre à 8,6% en 2019), le Chili est le pays d’Amérique sud le plus inégalitair avec le Brésil, où les 1% des personnes les plus riches détiennent 33% des richesses du pays. Le richissime président conservateur Sebastien Pinerada fait bien évidement partie de ces bourgeois ultra-riches avec une fortune estimée à 2,9 milliards de dollars. Dans les slogans et sur les pancartes des manifestations, les trois sujets les plus abordés sont la réforme du système de retraite, la lutte contre les inégalités et la lutte contre la corruption. « On ne se bat pas pour 30 pesos (le prix de l’augmentation du ticket de métro), mais contre plus de 30 ans de politique néo-libérale», résument les manifestants.

Face à la tempête sociale qui ne faiblit pas, le président à assurer faire quelques concessions. Il est revenu sur la hausse du ticket de métro, a annoncé un gel sur l’augmentation du prix de l’électricité, une imposition sur les hauts revenus, une augmentation du minimum vieillesse. Mais les citoyens ne sont pas dupes. Ils ne veulent pas de paroles creuses. Ils veulent des actes et un changement radical de politique économique.

Le président milliardaire semble appliquer une stratégie similaire à celle de Macron face aux Gilets jaunes, à savoir la répression couplée à l’enfumage.

En effet, le remaniement ministériel opéré par Pinerada montre bien qu’il compte garder le cap. Un tiers des ministres a été remplacé, mais les nouvelles têtes sont toutes aussi libérales, et souvent déjà liées au gouvernement précédent. Le ministre de l’Intérieur et de la sécurité, très critiqué en raison de sa gestion meurtrière du mouvement social, a été remplacé  par Ganzalo Blumel, secrétaire de la présidence. Le ministre des Finances a lui aussi été remplacé par un économiste libéral. Le ministre de l’économie Andres Fontaine, critiqué pour une phrase pleine de mépris envers les citoyens – « Ils ont qu’à se lever plus tôt si ils veulent payer moins cher » -, a lui été remplacé par le sous-secrétaire aux travaux publics.

Les Chiliens ne sont pas dupes et ont bien compris que leur président ne comptait pas changer de cap. La lutte continue désormais en demandant la démission du président, aux cris du magnifique chant « El Pueblo unido, jamàs sera vencido ».

 

L. Silva

Pour une vraie histoire de l’URSS et du communisme!

Durant mes années universitaires, la liberté intellectuelle était la règle! Contestation de l’ordre établi, des faits historiques approuvés, la science était privilégiée. Toutefois, au fur et à mesure des années, une référence bibliographique nous a été donnée comme indispensable à notre culture générale : Le Livre noir du communisme: crimes, terreur, répression de Stéphane Courtois et Nicolas Werth (1997).

Ouvrage de plus de 1000 pages (1), peu d’historiens ont pourtant lu ce livre tout simplement … indigeste.

Étant communiste, il était de mon devoir de comprendre les accusations portées contre mon Parti, et surtout contre mon idéologie et mon histoire. Ma connaissance de l’URSS et de l’Histoire du communisme a donc commencé d’abord, et avant tout, par la lecture de cet ouvrage. Millions de morts, comparaison avec le nazisme, il y a de quoi vite devenir anti-communiste.

Cependant, très rapidement, les cinquante premières pages d’introduction de l’ouvrage m’ont paru d’une scientificité très contestable. Le pamphlet contre l’URSS porte presque exclusivement sur une seule source: le rapport Nikita Khrouchtchev de 1956, second dirigeant soviétique après Joseph Staline… Comment un tel livre peut porter l’essentiel de ses accusations sur un seul texte? Et surtout provenant d’un seul rapport, produit par … des communistes! Ces êtres tant décriés par les auteurs pour leur manipulation des faits.

Pourtant, au fil de la lecture, je ne peux pas cacher une tentation vers une remise en cause de mon engagement politique. Comment soutenir une telle histoire et idéologie?

Afin d’avoir un autre point de vue, l’ouvrage intitulé Livre noir de l’anticommunisme et de la contre-révolution (2017), publié dans les éditions Delga, m’a permis d’avoir une approche différente de notre histoire. L’anticommunisme, orchestré par le capitalisme, existe et a trouvé ses sujets dans le monde intellectuel. Les ennemis du communisme sont ciblés: la bourgeoisie et les gauchistes! Ce n’est pas pour rien que Lénine écrivait La Maladie infantile du communisme: le gauchisme en 1920.

Toutefois, on ne peut pas cacher l’esprit très partisan de ces deux ouvrages. Il me fallait un livre véritablement scientifique! Et surtout d’actualité, à jour dans les recherches.

Par manque de temps et privilégiant l’actualité nationale, mon travail intellectuel sur l’URSS a été pendant quelques mois retardé. C’est lors d’un voyage à Prague et la visite du fameux Musée du communisme que mon attrait pour l’histoire soviétique a été de nouveau mis au premier plan. Une question captait alors toute mon attention: la destruction de l’impressionnante statue de Staline à Prague (22 mètres de long, 15,5 mètres de hauteur), construite à partir de 1949 et détruite en 1962 sur les ordres de … Khrouchtchev. Alors que la population de Prague était attachée à cette sculpture. Encore ce Nikita Khrouchtchev. La déstalinisation, que j’avais rapidement étudiée en Troisième, prenait alors tout son sens. Ce n’était plus un concept qui me paraissait bien flou.

Statue Staline Prague

En tant que communiste, connaissant de plus en plus le Parti et le fonctionnement de celui-ci, je ne comprenais pas. Comment Khrouchtchev a-t-il pu s’attaquer aussi lourdement à Staline et au passé de l’URSS? Pourquoi ce rapport de 1956?

À la suite de ce séjour, la recherche d’un ouvrage historique récent sur l’URSS a alors ciblé toute mon attention. En librairie, je suis tombé sur L’URSS : de la Révolution à la mort de Staline (1917-1953) de la secrétaire perpétuelle de l’Académie française et spécialiste de l’URSS, Hélène Carrère d’Encausse (4). Ne connaissant pas cette intellectuelle, j’ai regardé, après mon achat, son positionnement idéologique sur Wikipédia. Et surprise: Hélène Carrère d’Encausse a été élue députée européenne en 1994 sous l’étiquette UDF-RPR. Une femme de droite. Mon envie de lire l’ouvrage perdait tout son sens. Encore un livre partisan, sûrement dans la lignée du Livre noir… De l’argent perdu.

Bon, il fallait quand même que je le lise. Peut-être que vais-je apprendre quelque chose. Peut-être que les recherches actuelles, même de droite, remettent en cause la pensée de Stéphane Courtois.

Dès les premières pages, je me rends compte du grand travail scientifique mené par Carrère d’Encausse. Aucune prise de position, aucun jugement de valeur, juste une explication des faits historiques.

Même si le passage sur la Révolution de 1917 fut fort intéressant, mon attention portait sur Staline! La prise de pouvoir, les purges, l’anti-trotskisme, la collectivisation des terres, la famine en Ukraine, les millions de morts… Il me fallait des réponses.

Dans l’ouvrage, Hélène Carrère d’Encausse montre très explicitement que Staline n’est pas du tout le personnage de notre imaginaire collectif. Dès son accession à la tête de l’URSS, à la mort de Lénine en 1923, Staline s’oppose aux purges en chaîne prônées par ses concurrents Kamenev et Zinoviev. Il défend même Trotski contre son exclusion du Parti. Toutefois, l’alliance de circonstance en 1926-1927 entre Kamenev, Zinoviev et Trotski a clairement une ambition: écarter définitivement Staline du pouvoir. Les accusations contre le premier dirigeant soviétique ne s’arrêtent pas: Staline serait responsable de l’échec de la grève de mai 1926 en Angleterre, il aurait soutenu le massacre des communistes chinois en 1927 par Tchang Kaï-chek… En 1927, Trotski se propose même à la succession de Staline. La volonté de scission, contraire à l’idéologie communiste, est actée par les concurrents de Staline. Trotski, en minorité, est alors exclu du Parti. Celui-ci dénonce même, en 1927, une grande réforme sociale mise en place par Staline pour les « Dix ans de la Révolution » : la journée de travail de 7 heures et la semaine de 5 jours.

Concernant l’orientation économique de Staline, celle-ci est justifiée par la théorie de Preobrajenski, conscient que l’URSS a perdu avec la Révolution les avantages du système capitaliste sur le plan de la modernisation économique. Pour cela, une période de transition, afin de connaître le socialisme, s’avère indispensable. Dernièrement, en regardant un film intitulé L’Affaire Farewell (5), une phrase m’a semblé particulièrement intéressante pour comprendre cette position stalinienne : « en 1917, les Russes vivaient comme au Moyen Âge ».

Preobrajenski préconise même un système de pouvoir autoritaire afin de rattraper le retard sur les grandes puissances, le risque d’une deuxième guerre mondiale étant avéré et connu dans l’URSS des années 1920.

Une fois la prise de pouvoir par Staline tant développée, Hélène Carrère d’Encausse en arrive à la question de la famine, des famines. 1927, la Russie est menacée par une pénurie alimentaire. Particulièrement les villes. Pourquoi donc? Les koulaks stockent le blé et refusent de le livrer, signe de protestation contre le pouvoir communiste. Afin d’éviter une catastrophe, le pouvoir est alors contraint d’envoyer 10 000 ouvriers à la campagne pour réquisitionner les stocks. Affamé, le peuple des villes n’a de choix que de faire appel à la violence.

Face à cette situation et conscient que les koulaks sont des « ennemis de classe », Staline décide en 1928 de la collectivisation des terres. Dès octobre 1929, la politique est mise en place. Les koulaks se rebellent et commencent à pendre tous les communistes rencontrés. La répression et la déportation sont les punitions pour les rebelles et meurtriers. Dès 1931, pour s’opposer à la collectivisation, les paysans décident de l’abattage du bétail et opèrent des destructions massives. D’après certains récits, certains paysans seraient même morts à force de se gorger de viande à moitié crue avant que les communistes puissent y mettre la main dessus. Quelques données sont avancées dans l’ouvrage: 55% des chevaux ont disparu entre 1929 et 1934, 40% du bétail à cornes, 55% des porcins et 66% des moutons ont été abattus. La conséquence: la famine de 1932-1933, provoquant 5 à 6 millions de victimes dans tout le pays et 3 millions d’Ukrainiens.

Staline ne serait donc pas le responsable des famines de 1932-1933? Hélène Carrère d’Encausse remet ainsi en cause un fait historique majeur, tant récité dans les programmes scolaires…

Grande réussite du modèle communiste: l’industrialisation du pays. Tout simplement impressionnante!

Les années 1930 abordées, l’auteur ne pouvait pas passer à côté des « purges » opérées par Staline entre 1934 et 1938. Comme dans Le Livre noir, Hélène Carrère d’Encausse utilise une seule source véritable: le rapport Khrouchtchev publié lors du XXe Congrès du Parti communiste, en 1956. Et s’appuie également à moindre degré sur les archives orales de Soljenitsyne, un soutien de … Franco et Pinochet!

L’élément déclencheur des purges est, d’après la secrétaire perpétuelle de l’Académie française, l’assassinat de Kirov en 1934 par Nicolaïev, un jeune communiste qui affirme avoir tué sans instigateur ni complice. Pourtant, en 1956, Khrouchtchev reprend la thèse de Trotski selon laquelle Kirov aurait pu être assassiné sur ordre de Staline. « Aurait pu »! Une accusation bien fondée de la part de Trotski et Khrouchtchev. Sachant que Nicolaïev est condamné et fusillé suite à l’assassinat de Kirov, sur ordre de Staline. Et que Kamenev et Zinoviev reconnaissent, quelques mois après, avoir comploté contre le régime et avoir inspiré les assassins de Kirov. Ces derniers sont dès lors condamnés pour leurs agissements: ils sont fusillés en 1936, accusés également d’avoir médité l’assassinat de Staline. Le bilan chiffré des purges est inconnu…

Toute l’histoire soviétique est bouleversée par un événement: l’entrée des troupes allemandes en URSS en 1941. Pour Khrouchtchev, « c’est la faute de Staline ». Pourtant, le Pacte germano-soviétique du 23 août 1939 a été conclu à Moscou dans le désarroi, après que toutes les négociations menées en 1938 avec l’Occident (Angleterre et France) se sont révélées inutiles. Staline était persuadé que son pays ne pouvait pas supporter le choc d’une guerre avant 1942. D’ailleurs, tout a été mis en œuvre après ce Pacte de non-agression afin de lutter dans un avenir proche contre l’Allemagne nazie: l’armée est passée de 900 000 hommes en 1934, à 5 millions en 1939, à 6 millions en 1941. Dès 1939, toute l’industrie soviétique travaille pour la production de guerre!

L’objectif de Staline était clair: il fallait gagner du temps sur les Nazis, bien plus forts. Son opposition idéologique contre Hitler n’est pas contestable. Dès 1941, Staline affirme: « Les nationaux socialistes sont-ils véritablement des nationalistes? Non, ce sont des impérialistes. Nous sommes des nationalistes. La différence entre les deux est que les impérialistes sont des gens agressifs qui mettent la cause nationale au service de la domination ; alors que la cause nationale, c’est la cause de la défense de la nation, c’est cela le nationalisme ».

Contesté par le Pacte germano-soviétique de 1939, Staline sort toutefois grand vainqueur de la Seconde Guerre mondiale. Berlin a été libérée par les Soviétiques. Staline devient le père du peuple. Quand les Soviétiques voient qu’il ne bouge pas du Kremlin, que face à la menace de la prise de Moscou, il fait évacuer les administrations mais reste, il apparaît comme le protecteur. Pour Hélène Carrère d’Encausse, Staline « est celui qui a montré la puissance de son pays, sa capacité de résistance au monde entier, celui qui fait venir à Yalta ou à Téhéran les grands chefs d’Etats mondiaux, celui qui symbolise l’union de tous les peuples, réconciliés, rassemblés autour de lui. Contrairement à un certain nombre de dirigeants, Staline n’a eu, comme Lénine, qu’une seule passion: la passion politique, la passion de confondre sa vie avec celle de son pays ». Cela explique le puissant attachement des Soviétiques pour Staline, le sentiment de désarroi manifesté par les Soviétiques à la mort de Staline (un désarroi jamais ressenti avant, ni pour Lénine ni pour Trotski).

Malgré la victoire et la grandeur acquise avec la Deuxième Guerre mondiale, Staline est obligé progressivement, après 1945, de s’éloigner du Parti et de prendre les décisions avec son gouvernement. D’ailleurs, en 1948, le président américain Truman comprend la position de Staline : « Joe est un bon type, mais il est prisonnier du Bureau politique ». Staline est en effet entouré d’ambitieux, probablement plus forts que lui, et acharnés à obtenir sa succession. C’est notamment le cas de Khrouchtchev. Qui se fera un plaisir de condamner pour l’éternité son prédécesseur. D’ailleurs, Hélène Carrère d’Encausse a bien conscience que notre connaissance sur Staline repose presque exclusivement sur Khrouchtchev : « on sait aujourd’hui peu de choses sur Staline, sinon par Khrouchtchev et son rapport de 1956 ».

Tant d’éléments qui me permettent de dire que Khrouchtchev est un traître, qu’il a été le premier ennemi du communisme et de son histoire. Son rapport a été tout simplement suicidaire pour le Parti. Et a eu des conséquences désastreuses à l’échelle internationale, dans tous les partis communistes du monde. Un rapport qui devait être « secret », mais qui a été dévoilé quelques jours après par le New York Times. Comme par hasard…

Comment un tel rapport a-t-il été dévoilé ? Est-ce une volonté de la part de Khrouchtchev? Certainement. Certains historiens prétendent que Khrouchtchev voulait faire table rase de Staline pour mieux légitimer son pouvoir. En tant que militant et adhérent communiste, cette hypothèse ne me paraît pas satisfaisante. La fidélité au Parti, la fierté de son histoire et de la promotion de la « dictature du prolétariat », la camaraderie de ses membres… ne permettent pas d’expliquer de telles accusations. Un vrai communiste n’aurait pas pu soumettre de telles accusations sans fondement. Toutefois, le comportement gauchiste et libéral de Khrouchtchev me semble une hypothèse plus pertinente. N’oublions pas que celui-ci espérait un rapprochement avec le grand pays capitaliste par excellence, les États-Unis. En 1959, Khrouchtchev rend visite au président américain Dwight Eisenhower. Une grande première pour un dirigeant soviétique (6).

En tant qu’historien et scientifique, profondément attaché à connaître la vérité historique, mes soupçons ne peuvent pas rester sans réponse. Mes recherches continuent: Khrouchtchev est-il le traître du communisme ? Quelques jours après, je m’aperçois qu’un livre de 2007 porte sur le sujet: Khrouchtchev a menti, écrit par Grover Furr, un professeur américain à Montclair State University, et publié dans les éditions Delga en 2014 (7).

Avant de commencer la lecture de ce bel ouvrage de plus de 400 pages et de vous en faire part d’une synthèse, je ne pouvais pas passer à côté de mes nombreuses recherches sur l’histoire du communisme. Et plus exactement sur l’histoire soviétique. Un sujet qui me paraissait bien inconnu il y a quelques années. À l’exception des quelques contre-vérités étudiées au collège/lycée.

Une chose est sûre: l’anticommunisme existe bel et bien, et est mené par les sujets du capitalisme et du libéralisme. La révision de l’histoire du communisme en est devenue même une priorité pour condamner définitivement cette idéologie, pour l’instant affaiblie, mais bien loin d’être meurtrie !

Le Parti communiste, tant qu’il existera et sera en passe de redevenir un parti de masse, sera sans cesse ramené à son histoire et à ses liens avec l’URSS. Le révisionnisme historique ne condamne pas en tant que tel le PCF. Mais l’idéologie communiste, comme indéniablement une idéologie entraînant dictature et massacres.

Annoncé dans les sondages à 5% lors des élections européennes de 2019, Ian Brossat (candidat communiste) en a fait les frais. Les journalistes ont été paniqués de revoir sur le devant de la scène le Parti communiste. La vieille garde anti-communiste oubliait dès lors toute discussion sur le programme. L’attention était portée sur l’histoire communiste. Ce fut le cas notamment avec Daniel Riolo, journaliste sportif affirmant sur RMC que le PCF avait collaboré avec les Nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

N’acceptons pas l’interdiction de nos symboles, bientôt de nos partis, en raison de supposés liens idéologiques et historiques avec le nazisme. Écrivons l’histoire afin de lutter contre la révision de celle-ci.

Le marteau et la faucille, symbole de l’union des ouvriers et des paysans, des urbains et des ruraux, représentent beaucoup pour le bien fondé de notre société. Une société divisée par la haine prônée par l’extrême-droite et la confrontation sans cesse recherchée par les libéraux au sein de notre classe: la classe des travailleurs.

Vive le prolétariat!

Joseph. P

(1) Stéphane Courtois, Nicolas Werth, Le Livre noir du communisme: crimes, terreur, répression, Pocket, Paris, 1997.

(2) Comité internationaliste pour la solidarité de classe, Livre noir de l’anticommunisme et de la contre-révolution, Éditions Delga, Paris, 2017.

(3) Lénine, La Maladie infantile du communisme: le gauchisme, 1920.

(4) Hélène Carrère d’Encausse, L’URSS: de la Révolution à la mort de Staline (1917-1953), Éditions du Seuil, Paris, 2017.

(5) Film intitulé L’Affaire Farewell, 2009.

(6) http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve?codeEve=427

(7) Grover Furr, Khrouchtchev a menti, Éditions Delga, Paris, 2014.

Stop au révisionnisme historique anti-communiste!

9 novembre 2019. Trente ans que le Mur de Berlin est tombé. Symbole de la fin de la Guerre froide, et surtout de « la fin de la menace communiste », le capitalisme peut enfin prospérer. L’URSS n’existe plus, les États-Unis dominent le monde, leur idéologie aussi.

C’est désormais « La fin de l’Histoire », comme pouvait le publier Francis Fukuyama en 1992. Les « démocraties » occidentales ont remporté la bataille. Le libéralisme a pris le dessus sur le socialisme, après des années de confrontation. Au XXe siècle, tout pouvait basculer à tout moment. Le monde intellectuel était gagné par les thèses marxistes. Des millions de personnes les acclamaient. Le capitalisme connaissait des heures difficiles et perdait peu à peu du terrain depuis la Révolution de 1917.

Aujourd’hui, la lutte des classes n’a plus véritablement d’enjeu. En 2005, sur la chaîne CNN, l’homme d’affaires et milliardaire américain Warren Buffet affirmait sans aucune gêne : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner » (1). Un vrai marxiste! Le troisième homme le plus riche du monde, d’après le magazine Forbes en 2019, a bien conscience que la lutte des classes existe et que la bourgeoisie triomphe (2).

Toutefois, la bataille n’est pas totalement terminée! Cuba, le Venezuela, la Bolivie, la Chine… Encore quelques pays se prétendent « socialistes » ou « communistes ». Les États-Unis et l’Union européenne, fondés autour d’une seule idéologie – l’idéologie libérale et capitaliste –, en ont fait leur ennemi numéro un. La preuve :

  • l’accueil très favorable de l’élection du président actuel du Brésil, Bolsonaro, contre son opposant socialiste, ancien dirigeant du pays condamné injustement à de la prison ferme, Lula.

  • Le soutien à Juan Guaido contre Maduro (successeur de Chavez) au Venezuela.

  • la reconnaissance du putsch en Bolivie contre Evo Morales.

Les postures géopolitiques signifient beaucoup de choses, elles ont leur importance. Cependant, elles ne sont pas suffisantes pour assurer la postérité. Le grand capital l’a très bien compris. Il faut absolument criminaliser l’histoire communiste et socialiste! Seul moyen de mettre définitivement de côté la menace ultime: le drapeau du prolétariat, le drapeau rouge. Une menace bien plus importante que le terrorisme islamique, le djihadisme. Comme le disait en 2008 le conseiller à la Sécurité nationale de Jimmy Carter (président des États-Unis de 1977 à 1981), Zbigniew Brzezinski, pour parler de la guerre en Afghanistan (1979-1989): « Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde? Les talibans ou la chute de l’Empire soviétique? Quelques excités islamistes ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide? » (3).

La commémoration des 30 ans de la chute du Mur et les élections européennes, remportées par les idées libérales et nationalistes, ont été l’occasion pour le Parlement européen de passer un cap dans le révisionnisme historique. Le 19 septembre dernier, Bruxelles condamne « à parts égales le régime génocidaire hitlérien, fondé sur le racisme biologique et l’antisémitisme éradicateur, et le communisme » (4).

Trois faits historiques sont adoptés :

  • la Deuxième Guerre mondiale a eu pour déclencheur le Pacte Germano-soviétique, autrement dit les responsabilités sont partagées entre Hitler et Staline.

  • leurs régimes totalitaires, communiste et nazi, doivent être également assimilés et condamnés.

  • leurs symboles totalitaires persistent en Europe, mais heureusement plusieurs pays ont interdit les partis et les symboles communistes.

Les historiens sont écartés de l’écriture de l’Histoire. Désormais, c’est Bruxelles et Washington qui décident de son déroulement, entraînant de fait une indignation générale de la part de centaines d’intellectuels (5)…

Cette criminalisation du communisme, adoptée par la résolution de l’Union européenne de septembre dernier, n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans les programmes scolaires depuis des années. Le programme d’Histoire de Troisième met en évidence les similitudes entre « les deux régimes totalitaires du XXe siècle : le nazisme et le communisme ». Une leçon est admise: Staline et Hitler, c’est la même chose. Culte de la personnalité, autoritarisme, contrôle de la population, millions de morts… Les élèves doivent bien le retenir. Ni communisme, ni nazisme. Acclamons les « démocraties » occidentales !

Pour bien éduquer les masses, il existe une seule référence historiographique à absolument connaître: Le Livre noir du communisme: crimes, terreur, répression de Stéphane Courtois et Nicolas Werth (1997). D’ailleurs, les programmes scolaires sont étroitement issus de cet ouvrage. La pensée de Courtois, ancien « anarcho-maoïste » d’après ses termes (6), est alors interprétée comme la parole de Dieu. Enfin un historien gauchiste et anti-communiste a été trouvé par le capitalisme!

Malgré les récentes recherches sur l’URSS et l’histoire du communisme, l’historiographie de la Maison blanche et du Parlement européen n’évolue pas depuis … 1997.

Vivement qu’ils se mettent enfin à jour!

Joseph. P

(1) https://www.humanite.fr/politique/c-est-ma-classe-la-classe-des-riches-qui-mene-cette-guerre-et-qui-est-en-train-de-la-gagne

(2) https://www.forbes.fr/classements/classement-forbes-2019-top-20-des-milliardaires-mondiaux/

(3) Gilles Kepel, Sortir du chaos – Les crises en Méditerranée et au Moyen-Orient, Gallimard, Paris, 2018.

(4) https://plus.lesoir.be/251369/article/2019-10-03/nazisme-et-communisme-quand-le-parlement-europeen-revisite-lhistoire-et-joue

(5) https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/non-a-une-histoire-officielle-dictee-par-le-parlement-europeen/

(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/St%C3%A9phane_Courtois#Engagement_%C3%A0_l’extr%C3%AAme_gauche_(1968-1971)

Estrosi achète sa jeune garde étudiante à quelques mois des municipales …

A quelques mois des élections municipales, l’enjeu est de taille : Christian Estrosi, maire Les Républicains de Nice, va essayer de briguer un troisième mandat.

« Menacé » par la droite de son parti avec Eric Ciotti, par l’extrême-droite menée par Philippe Vardon, et une gauche bien trop affaiblie et divisée pour convoiter quoi que ce soit, l’actuel maire de la cinquième métropole française veut s’assurer une nouvelle victoire lors de ces élections.

Pour cela, la mobilisation de ses militants et de sa jeune garde étudiante s’avère essentielle… Et dès maintenant ! A quelques semaines des élections étudiantes de l’Université Nice Côte d’Azur. L’occasion était si belle avec la cérémonie organisée par la FACE 06 le Jeudi 24 octobre pour fêter ses 20 ans d’existence ! L’actuel maire de Nice y était bien évidemment présent et a apporté son soutien à cette association « non politisée » (tweet de Christian Estrosi ci-dessous). Tellement « non politisée » qu’elle reçoit le soutien inconditionnel d’un homme avant tout politisé, qu’est Christian Estrosi.

FACE 06 et Estrosi.jpg

Toutefois, un soutien verbal reste trop peu pour mobiliser sa jeune garde qui ne vit que par des milliers d’euros de subventions annuelles ! Il fallait que la ville de Nice donne et donne encore plus. Et accepte pour cela un nouveau projet délirant de cette association : le Carnaval étudiant !

FACE 06 et Carnaval étudiant.jpg

Pendant ce temps, le coût de la vie des étudiants niçois ne cesse d’augmenter. Et leurs conditions ne cessent de s’aggraver. Les locaux de l’Université tombent en ruine… Ce n’est pas grave : Christian Estrosi prévoit un Carnaval étudiant ! Peut-être pour faire oublier que le Carnaval de Nice coûte désormais trop cher pour les jeunes précaires, et plus généralement pour tous les niçois.

 

Antonio. G

Incendie d’une usine à Rouen : une catastrophe sociale, politique et écologique !

En fin de semaine dernière, l’actualité a été riche en informations. Toutefois, une seule a canalisé l’ensemble des grandes chaînes nationales : le décès de l’ancien président de la République, Jacques Chirac.

Pourtant, à ce moment même, une catastrophe s’était produite : l’incendie d’une usine fabriquant du lubrifiant à Rouen ! Avec à l’intérieur plus de 5000 tonnes de produits chimiques qui ont pris feu (dont de nombreux produits très dangereux, révélés seulement 5 jours après les faits par la préfecture de Rouen…).

Une attente insupportable pour la population locale, qui a assistée devant ses yeux à cet incendie, à cet énorme nuage noir, et qui en a vite ressentie les conséquences : mauvaises odeurs (des « odeurs d’essence » selon certains habitants), problèmes respiratoires, vomissements,…

Pourtant, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner annonçait ce week-end qu’il n’y avait « pas de raison de s’inquiéter outre mesure » (1). La priorité nationale devant être l’hommage à ce président qui a mis trois fois la France dans la rue : en 1995, 2003 et 2006.

Une semaine après cette catastrophe, le gouvernement persiste : l’air est pur, l’eau n’a pas été infectée… Pourtant, les témoignages sont tout autre : encore cette nuit, de très mauvaises odeurs sont intervenues dans la ville. Face à la prise de conscience des Rouennais de la gravité de la situation et de ce mensonge d’Etat, le ton du premier ministre s’avère de plus en plus nuancé. Une enquête parlementaire sera effectuée la semaine prochaine…

Toutefois, les conséquences de cette affaire sont dramatiques et de plusieurs ordres :

  • impacts sur la santé des habitants de Seine-Maritime, à court, moyen et long termes. Inconnus !
  • impacts sur l’environnement et la planète. Cet incendie nous fait comprendre qu’une telle catastrophe liée à notre modèle économique, à notre modèle capitaliste, a des conséquences bien plus graves que quelques milliers de voitures sur la route… La semaine dernière, c’est toute la planète qui en a pris un coup !
  • impacts politiques : la méfiance des citoyens français vis-à-vis du gouvernement est tout à fait justifiée ! L’Etat a menti à plusieurs reprises dans cette affaire. Du moins, il n’a pas été capable de dire la vérité. Une vérité qui est peut-être trop dure à entendre. Lundi, l’activité économique a repris dans la plus grande indifférence. C’était la priorité pour Emmanuel Macron. Oublier cette histoire et rendre un dernier hommage à notre roi défunt… Pourtant, les Rouennais sont conscients qu’ils auront des séquelles ! Une crainte qui justifie rapidement des explications de la part du gouvernement, ainsi que des mesures politiques. Ces usines dangereuses ont-elles leur place dans de grands centres urbains comme la ville de Rouen (ou à proximité de toute ville) ?

 

Francesco P.

 

(1) https://www.youtube.com/watch?v=uhy07ErNbak

 

La privatisation de masse : à quoi sert donc l’Etat ?

Depuis quelques années, les Français sont de plus en plus méfiants vis-à-vis de la classe politique, de l’Etat républicain. Nous payons des impôts, de plus en plus, et nous ne voyons aucune contrepartie. Bien au contraire : de moins en moins de services publics, de plus en plus chers et de moindre qualité. De plus, les cas de détournement d’argent, de corruption, sont de plus en plus fréquents. Et pendant ce temps, les Français payent, payent et payent. De quoi rapidement en venir à la fameuse expression « tous pourris ! ».

La colère est justifiée. Mais elle prend véritablement son sens quand on voit la privatisation de masse qui est organisée et qui s’accélère depuis plusieurs années… Privatisation de la SNCF, privatisation d’EDF, privatisation des autoroutes, privatisation des aéroports (Toulouse, Nice, Paris), privatisation de la Française des Jeux, bientôt peut-être des routes nationales ? L’Etat « vend » ses joyaux nationaux, pour ne pas dire brade. Pour quelles raisons ? Pour rembourser la dette ? Ou plutôt parce que les libéraux, à la tête du pays depuis plus de 40 ans, pensent comme Bruno Le Maire que « le rôle de l’Etat n’est pas de s’occuper des jeux de tirage et de grattage » (1), en parlant du cas de la Française des Jeux.

En effet, pour les économistes libéraux et néolibéraux, l’Etat doit s’occuper seulement des fonctions régaliennes : la sécurité, la justice… Et par conséquent se passer du reste : comme le disait Jacques Attali, il faut désormais que les pouvoirs politiques français s’attaquent à la privatisation de la santé et de l’éducation. En cours …

Dans l’absolu, les Français pourraient se dire : « pourquoi pas ». La privatisation de masse s’est déjà réalisée en Angleterre avec Thatcher et aux Etats-Unis avec Reagan dans les années 1980. Et dans bien d’autres pays également. L’égalité en a pris un coup, les conditions de vie des salariés se sont détériorées. Toutefois, ces politiques ont été progressivement acceptées [subies !].

Au final, la grande question qui se pose, après que l’Etat a perdu l’ensemble de ses biens et de ses champs d’action : à quoi sert donc l’Etat ? Pourquoi donc payer des hommes et  des femmes politiques ? Nous sommes conscients que les présidents n’ont presque plus de pouvoir. Et même Jacques Attali, le plus proche conseiller des présidents de la République depuis François Mitterrand, l’admet.

Aujourd’hui, ce sont quelques grandes entreprises qui contrôlent le monde ! Elles imposent les lois, les font appliquer et les hommes et femmes politiques suivent à la lettre. Ils ne peuvent plus faire grand chose : ils n’ont plus de pouvoir !

Faudrait-il alors que quelques-uns se chargent de reprendre par la force ce pouvoir -abandonné volontairement afin de satisfaire quelques millionnaires et milliardaires. Pour cela, une politique d’expropriation et de nationalisation s’avère indispensable ! Les Français trouveront alors un sens à l’impôt. Ils payeront pour un Etat social, qui gérera bien plus que les simples fonctions régaliennes…

Viva la Revolucion !

 

Joseph Pane

 

(1) https://www.francetvinfo.fr/politique/bruno-le-maire/la-privatisation-de-la-fdj-pourrait-debuter-des-novembre-selon-le-gouvernement_3598969.html

Vincent Bloch : l’incompétence intellectuelle au service de l’anti-castrisme !

Critique de l’ouvrage La lutte : Cuba après l’effondrement de l’URSS de Vincent Bloch, chercheur associé au Centre d’études politiques et sociologiques Raymond Aron à l’EHESS, publié en 2018.

Qui de mieux comme « chercheur » français et anti-castriste que Vincent Bloch ! Ce pseudo-intellectuel qui affirmait, dans un de ses ouvrages, qu’à Cuba « au nom d’une moralité confuse et incertaine, les hippies, les homosexuels, les témoins de Jéhovah, les artistes idéologiquement diversionnistes sont envoyés dans des camps de travail ». 

Des propos forts, Vincent Bloch a fait de Cuba et de l’anti-castrisme son domaine de prédilection. Pour quelles raisons ? On ne sait pas. Hormis une volonté clairement affichée dans son dernier ouvrage, La lutte : Cuba après l’effondrement de l’URSS, de démontrer que le régime de Fidel Castro est un régime autoritaire et totalitaire.

Le « sociologue » ne se pose aucun questionnement, signe de son incapacité de réflexion et de la faible scientificité de son travail. Son objectif : véhiculer sans aucun raisonnement et sans fondement des arguments anti-castristes, anti-communistes.

Intellectuel ou militant politique ? La réponse ne se pose pas. Dès le début de l’ouvrage, le ton est donné…

La Révolution cubaine est une catastrophe, Fidel Castro est le mal incarné. Rien de bon n’a été fait depuis 1959. Toutes les données sont négatives, bien pires que sous Fulgencio Batista.

Pour démontrer cela, il annonce clairement, dès la page 30 de l’ouvrage, qu’il va s’appuyer sur seulement quelques chiffres, ceux des années 1990. Un moment où Cuba a connu des difficultés en raison de la chute de l’URSS et de la perte d’un allié très important. Bien facile d’utiliser cette période pour montrer l’échec du castrisme…

De plus, les données utilisées sont bien sélectionnées par l’auteur. Il ne s’agit pas d’être un minimum scientifique. Je cite : « très peu de statistiques et de chiffres fournis par le gouvernement cubain ou par des organisations internationales ont été pris en compte dans cette enquête ». Mais alors quels sont les chiffres qui ont été pris en compte ? On lit beaucoup de témoignages dans cet ouvrage. On a des statistiques non-sourcées, qui sortent de nulle part. Vincent Bloch nous présente dès le début sa méthode de travail : on apprend qu’il n’a vécu que quelques mois à Cuba, que son dernier voyage sur l’île date de 2003 et que ses enquêtes se sont faites surtout à … Miami. En contact avec des émigrés cubains, forcément anti-castristes donc. Un pur travail scientifique et intellectuel de … plus de 400 pages ! Les arguments anti-communistes, développés ou non, s’enchaînent. Ce n’est pas grave. Il faut haïr la Révolution cubaine. Quitte à être un peu complotiste : sans aucune preuve, Vincent Bloch accuse Fidel Castro d’avoir provoqué la mort du sociologue américain, Oscar Lewis (page 38).

Pour montrer la pauvreté de Cuba, il compare l’île socialiste aux Etats-Unis – première puissance mondiale – et à l’Union européenne.

Pour montrer que le régime castriste est répressif et autoritaire, il prend l’exemple d’un jeune touriste allemand qui a été condamné pour avoir fait des faux-papiers (page 51). Ou encore, il dénonce la loi de Castro de 2003 qui prévoit l’incarcération des individus en possession de produits illicites (drogues…). L’auteur y voit un moyen de « traquer l’économie illégale et l’enrichissement illicite » (pages 306-307). Mais dans quel monde vit-il ? En France, n’est-ce pas déjà le cas ? Veut-il une société sans loi et sans règle ? Est-ce qu’un pays qui lutte contre les activités illicites est un pays autoritaire ?

Pour justifier le fait que certains révolutionnaires cubains suivent toujours le régime communiste, Vincent Bloch trouve l’argument suivant : « à l’instar d’une grande partie des Cubains du troisième âge, il n’est plus capable de réfléchir au sens du possible » (en parlant d’un vieux révolutionnaire de 1959).

Pour dénoncer les contradictions de certains militants communistes cubains, il s’appuie et développe longuement – et inutilement – quelques exemples. Une méthode bien facile pour critiquer un régime et un pays de plusieurs millions d’habitants.

Cet ouvrage est encore une fois la preuve que la scientificité n’est plus aujourd’hui une priorité pour dénoncer les régimes communistes, les ennemis de Vincent Bloch et surtout de la bourgeoisie.

Le prolétariat doit en prendre conscience : l’anti-communisme va à l’encontre de ses intérêts. Il répond seulement aux intérêts d’une classe, celle des plus riches. 

 

Joseph. P

 

Où est Steve ?

Voici bientôt un mois qu’il est porté disparu. Après les Algériens dans la Seine il y a cinquante-huit ans, les Nantais dans la Loire il y a vingt-huit jours ?

Castaner se joue le nouveau Papon, et son imitation se vérifie de jour en jour. Le voilà au sommet d’un bilan effroyable. Et en seulement neufs mois. Une morte. Vingt-trois éborgnés. Cinq mains arrachées. Une dizaines d’autres mutilés (pieds, mâchoire, odorat, testicule). Mais surtout des trombes de mensonges et de bennalisations des brutalités policières. Un déluge de fake news pour un ministre qui se veut à la tête du Département de la Vérité. Par exemple, l’attaque fantasmée de l’Hôpital de la Salpêtrière (75013) ce premier mai par des Gilets Jaunes, mais bien réelle par des Forces répressives les pourchassant. Par exemple, la chute de Geneviève Legay malencontreusement poussée par des manifestants, mais piétinée par des fonctionnaires harnachés en bleu sur toutes les sources visuelles, lors d’une charge de trois cents gendarmes sur deux cents Niçois insurgés et révolutionnaires brandissant des drapeaux de la paix. Par exemple, quand il énonce que les flash-balls LBD-40 ne blessent pas, que ce sont des armes non létales lorsque sa police tire sur des citoyens dans la rue mais qu’elles deviennent un instrument de « tentative d’assassinat » lorsqu’elles sont utilisées sur une magistrate. Par exemple quand des jeunes fêtant paisiblement la musique le 21 juin 2019 se font molester, gazer et précipiter dans un fleuve pour échapper à leurs assaillants qui les chargent avec des chiens et des grenades GLI-F4, mais qu’il ne s’agit pas de violences policières. Les corps sont meurtris mais les idées demeurent. Nous savons de mieux en mieux distinguer les tyrans ignominieux qui nous oppressent, et leur sauvagerie en col blanc, mêlée d’un cynisme criard, est de plus en plus caractéristique.

La bête blessée montre toujours les crocs. Et elle veille encore le corps agonisant de son maître à la redingote dorée. Empêcher l’expression des masses par la force n’est pas une solution de long terme. C’est celle d’une bourgeoisie qui a peur.

Albert Schüditeidih

Le 14 juillet 2019 sera-t-il aux couleurs des gilets jaunes ?

Le 14 juillet 1789, Révolution française avec la prise de la Bastille comme un symbole. L’intervention populaire met provisoirement fin aux tentatives du roi Louis XVI de reprendre le pouvoir absolu qu’il a perdu en juin 1789.

Le 14 juillet, depuis 1880 jusqu’en 2018; est devenu un « beau spectacle… » comme aurait dit Voltaire…

Le 14 juillet 2017, Macron Tintin invite Trump Zinzin à faire copain-copain pour donner le feu vert à leurs mercenaires d’utiliser cyniquement des armes chimiques pour justifier une nouvelle intervention en Syrie… La parade des gens heureux … Seront-ils heureux les soldats de l’armée de terre de défiler avec leur tenue de parade aux pas cadencés ou sur un engin de guerre… ?

Heureuses les élites de l’armée de l’air de présenter leurs matériels de destruction et de fêter leurs savoir-faire en matière de crimes de guerre… ?

Heureux les soldats de la Marine de rappeler par leur présence leurs « richesses » en porte-avions, sous-marins d’attaque…et sous-marins nucléaires… ?

Heureux de parader en sachant qu’aujourd’hui leur rôle n’est plus de défendre la Nation, mais d’aller souvent agresser d’autres pays et de commettre d’autres « dégâts collatéraux » : entendez des crimes contre l’humanité et des crimes de guerres… ?

Qu’ils soient heureux et ridicules -le petit « chef » des armes et ses invités- d’assister pendant des heures à un défilé coûteux et ennuyeux à en mourir, cela est leur affaire ! Puisque les politiques néocolonialistes et va-t’en guerre ont détourné cette date du 14 juillet pour en faire une journée de promotion pour leurs « exploits » et leurs engins de guerre…

Paraphrasant A. Einstein, j’ajoute ce commentaire : « celui qui est capable d’obéir à un petit criminel et méprisant, et de marcher aux pas derrière une musique en son honneur, n’a pas besoin d’un cerveau : une moelle épinière lui suffit »

 

HB