4 juillet 2019 – plus de 50 000 copies du baccalauréat n’ont toujours pas été rendues à l’Education nationale, à seulement moins de 24 h de l’annonce des résultats définitifs de l’examen final, examen crucial donnant accès ou non aux études supérieures.
Inédit !
Enfants angoissés, parents stressés, la panique est à bord. Les médias dominants, aux mains du grand capital et de Macron, se battent pour défendre la politique gouvernementale. Il ne faut rien céder. Encore moins à ces gauchistes d’enseignants. La droite se mobilise aux côtés de Blanquer (1), de même que le Rassemblement National de Marine Le Pen. Le contenu de la réforme, on s’en fiche. Il ne faut pas « prendre en otage les enfants ». Les enseignants grévistes, retenant les copies du bac, seraient ainsi assimilés à des terroristes ?
Pendant ce temps, le gouvernement essaye de faire oublier la gravité de la situation. Le mouvement social est « minoritaire », ne concernant que 2,5% des enseignants selon le ministère.
Pourtant, un tel bras de fer n’a jamais été aussi fort entre les professeurs et le ministère de Jean-Michel Blanquer. Depuis plusieurs mois, les syndicats d’enseignants et de la fonction publique, à leur quasi-unanimité, multiplient les grèves (2).
En cause : la réforme Blanquer.
Stratégiquement, depuis le début du conflit, Blanquer a toujours été en mesure de faire face à ce mouvement social. Face à la grève de la surveillance du baccalauréat, des étudiants et des retraités ont été appelés. Face à la rétention des notes, la solution de repli sur les notes du contrôle continu a été privilégiée. Le ministère veut se montrer plus fort que les enseignants et les syndicats, menaçant tout salarié de l’Education nationale de fortes sanctions : une retenue de salaire de 15 jours, éventuellement des licenciements. S’attaquant dans le même temps au droit de grève, droit fondamental de notre Constitution, adopté en France depuis … 1864 !
Politiquement, les arguments pour défendre la réforme sont bien préparés : « cette réforme est indispensable », « les élèves sont nuls », « ils ne savent pas écrire et compter », « aujourd’hui, le bac ne veut plus rien dire, tout le monde l’a », « les inégalités scolaires sont déjà très fortes, la réforme ne peut que les amoindrir »… Forcément, l’opinion publique ne peut qu’acquiescer ! Les Français sont conscients de l’échec de notre modèle éducatif. Et le dénoncent depuis des années. Le coupable désigné ? L’enseignant.
Malheureusement, syndicats et personnels de l’Education nationale n’ont pas été en capacité, dans le passé et encore aujourd’hui, de démonter tout cet argumentaire. Et de dénoncer, à la hauteur qu’il le faudrait, la mort programmée de l’école publique au profit du privé…
Depuis des années, les enseignants sont, à leurs dépens, complices de la baisse des niveaux scolaires voulue par le ministère. Encore cette année, les inspecteurs ont imposé aux correcteurs du Brevet des collèges et du Baccalauréat de surnoter les élèves. En accord ou non avec cette politique, les notes données à ces examens par chaque professeur sont analysées par la hiérarchie. Des mauvaises notes distribuées, et c’est l’enseignant responsable qui se fait taper sur les doigts. Malgré tout, la contestation implicite des professeurs est manifeste : en 2017, moins d’un élève sur deux a eu le DNB en prenant seulement en compte les épreuves terminales (3). La réponse du ministère a été alors de privilégier depuis quelque temps le contrôle continu, afin de combler cette baisse des résultats et le refus de nombreux enseignants de surnoter leurs copies (du moins parfois l’impossibilité de le faire tellement que le niveau était bas). Contrôle continu que l’on retrouve aujourd’hui au lycée avec la réforme Blanquer : coïncidence…
Il faut donner le Brevet et le Bac, pour que ces examens ne valent plus rien : telle est la vision de l’Education nationale depuis des décennies. La posture de Blanquer, en cette fin d’année scolaire, montre le peu d’intérêt qu’il a pour le baccalauréat. On magouille les notes, on demande aux jurys de délibération d’ « harmoniser les résultats », du moment que près de 85-90% des élèves ont leur examen. Il ne faut pas de redoublement, cela coûte trop cher. Or, l’Etat ne veut plus donner de l’argent à ce ministère. De plus, il faut des jeunes employables et corvéables. Idéalement, des jeunes qui ne sont pas en capacité d’avoir de la réflexion, afin d’éviter révoltes et contestations !
Et ça marche. Regardons tous les étudiants qui rejoignent, dès leur entrée à l’université, les associations vendant soirées, drogues et boissons. Ces mêmes associations aux mains du grand capital et de Macron !
Enseignants, compatriotes, citoyens, nous devons nous battre pour augmenter le niveau de nos élèves. Nous devons exiger tout d’abord des programmes moins denses ! A chaque réforme, des chapitres sont ajoutés dans chaque discipline. Et la pression imposée aux professeurs pour finir les programmes empêche les élèves d’acquérir durablement des connaissances. Enseigner la Seconde Guerre mondiale en 4-5h, ce n’est pas la même chose que l’enseigner pendant 9-10h. On comprend mieux ainsi que nombre de nos enfants ne comprennent rien sur le régime de Vichy et la collaboration par exemple (sujet du Brevet des collèges de cette année) !
Ensuite, il est de notre devoir de ne pas céder à la tentation de cette définition de « la réussite pour tous » qui consisterait à l’assimiler à « des études supérieures pour tous » (voir article de L’Indignation du 16 mai 2019 sur « la réussite de tous ne doit pas être un Bac+5 pour tous ! »). Nous devons accepter que des élèves ne sont pas en capacité, et ne veulent pas, faire de grandes études. Certains sont voués à des filières professionnelles, et nous devons l’accepter et le faire accepter à l’ensemble des Français ! Pour cela, il faudrait peut-être mettre des moyens pour des structures technologiques et professionnelles de qualité. Et peut-être dès le collège, sans attendre la dureté du lycée.
Concernant les inégalités scolaires, liées aux inégalités socio-spatiales très importantes dans notre République dont l’égalité est une de ses valeurs, il faut avoir une analyse claire sur ce sujet. Nous sommes bien conscients que la réforme de Blanquer et Parcoursup aggravent ces inégalités. Le baccalauréat n’étant plus dès 2021 un examen national, chaque établissement réalisera ses propres épreuves, avec son propre barème, et s’adaptera donc aux niveaux de ses élèves, avec idéalement une volonté d’avoir les meilleurs résultats possibles pour accroître le prestige de l’établissement. Un prestige parfois inexistant du fait de la situation géographique et sociale de celui-ci…
Dans le cadre actuel, un bon élève du 93, qui a son baccalauréat avec 18 de moyenne, est en mesure de rivaliser face à des élèves de grands lycées parisiens ayant eu des résultats plus faibles. Avec la réforme Blanquer, cette égalité des chances sera définitivement anéantie.
Les partisans du gouvernement et la droite nous répondront dès lors que les réponses d’entrée aux grandes écoles et à l’université se font actuellement avant le baccalauréat, et que donc cet examen final n’a aucune importance. En effet, et nous l’avons démontré juste avant. Aujourd’hui, tout a été fait pour que les examens nationaux ne valent plus rien… Il faudrait donc que les résultats du Baccalauréat soient LA variable d’analyse pour l’accès aux études supérieures. Même si encore aujourd’hui, de nombreuses écoles attendent l’annonce des résultats de cet examen de fin de lycée pour accepter tels ou tels dossiers. Cette pratique doit se généraliser ! Et être imposée par l’Education nationale.
Dernier élément : si la question des inégalités scolaires était la grande préoccupation du ministère, Blanquer mettrait très rapidement fin aux aides allouées aux écoles privées… Celles-ci étant tant acclamées par le patronat, la droite et l’extrême-droite. Tout cela dans un contexte où le public manque cruellement de moyens.
En attendant, l’école publique se meurt… Une bonne nouvelle pour cet Etat néolibéral : des dépenses en moins sont attendues !
Joseph. P













