Rentrée 2019-2020 : alors qu’entrera en vigueur la réforme du lycée de Jean-Michel Blanquer, tant décriée par les enseignants du Secondaire, un autre dispositif va bouleverser cette nouvelle année scolaire : le remplacement des manuels papier par des tablettes numériques dans la majorité des lycées de la région présidée par Renaud Muselier (1).
Dès Septembre, les Secondes et les Premières de PACA recevront ces nouveaux outils. Pour l’instant, près de 85% des établissements ont approuvé le passage au numérique, par l’intermédiaire de leurs conseils d’administration réunissant personnels administratifs, enseignants, parents, délégués d’élèves. En attendant éventuellement l’accord d’autres lycées…
La région s’en félicite ! Elle colle même des tas d’affiches, dans tous les trains régionaux, pour promouvoir sa politique. Argument véhiculé : « nous souhaitons préparer les élèves aux évolutions de notre société ».

Coût total prévu pour l’opération : au moins 23 millions d’euros …
Encore de l’argent public gaspillé, jeté par les fenêtres ! 23 millions d’euros (soit 4,50€ par habitant de la région PACA) dépensés pour une politique majoritairement non désirée par les enseignants. Ces derniers se sont vivement opposés dans les établissements, et même dans les différents conseils d’administration, au passage aux tablettes numériques. Toutefois, la parole des professeurs n’a pas été écoutée et prise en compte ; le vote enseignant ne représentant qu’une petite partie des suffrages des CA.
Les raisons de cette opposition ? Elles sont multiples : quels usages en faire ? Quels effets pédagogiques sur les lycéens ? Et surtout le coût d’une telle politique ! Alors que dans le même temps les enseignants ne voient pas une amélioration de leurs conditions de travail et de leurs salaires.
Les lycéens ont une réaction très contrastée : certains, généralement les plus décrocheurs, se réjouissent de l’arrivée des tablettes numériques ! Ils pourront enfin avoir un nouveau jouet pour s’amuser en classe. Les élèves les plus sérieux, quant à eux, s’en inquiètent et ont pris conscience de la gravité d’une telle démarche. Une jeune Seconde d’un lycée public des Alpes-Maritimes nous affirmait récemment qu’elle avait connu l’introduction des tablettes numériques dans son ancien collège – un collège privé – et qu’elle avait assisté à un bouleversement des comportements chez ses camarades : « beaucoup d’entre eux passaient leur temps à jouer, à regarder des films sur leur tablette… pendant les recréations, mais aussi pendant les cours ! ». Ajouté à cela, elle a même constaté une baisse des niveaux scolaires : « en rentrant en sixième, j’avais un assez bon niveau d’orthographe. Avec les tablettes numériques, nous écrivions tous les cours sur word, en langage sms pour certains. Et finalement, nous sommes arrivés en troisième sans être capables d’écrire correctement. J’ai fini avec 0 en dictée au brevet. Et nous avons été plusieurs au collège à avoir de très mauvaises notes sur cet exercice ».
D’autres élèves nous ont confirmé ce constat. Quelques jeunes, les plus studieux, prennent conscience du danger du tout-numérique. Ils en sont malheureusement les victimes. La Région PACA a trouvé les moyens pour imposer par la force sa politique, en faisant abstraction de la liberté pédagogique des enseignants ! L’objectif étant de « préparer les élèves aux évolutions de notre société », pour ne pas dire qu’il était question de les abrutir et d’en faire des objets du capitalisme.
Un capitalisme qui promeut le tout-numérique pour le peuple, mais qui refuse que ses enfants l’utilisent. « A la maison, nous limitons l’utilisation des gadgets technologiques » a affirmé Steve Jobs en 2010. À la maison, mais aussi à l’école : nous savons aujourd’hui que plusieurs dirigeants de Google, Yahoo!, Apple ou encore eBay placent leurs enfants dans des « écoles anti-technologie » (2).
Comment l’expliquer ? Ces derniers connaissent très bien les dangers de leurs inventions : des outils qui nuisent à la créativité et à la concentration des enfants, avec des conséquences très néfastes pour la mémoire et le sommeil (3).
Antonio. G









