Aujourd’hui, « la gauche radicale », telle que définie par les médias bourgeois, est dans une bien triste situation. Non seulement elle est divisée en une multitude de groupes et d’organisations, qui sont à la fois très similaires et irréconciliables, pour diverses raisons, mais surtout la majorité des gens dans ces organisations (qu’elles se revendiquent socialistes, communistes ou anarchistes) ont abandonné toutes sérieuses perspectives révolutionnaires offensives.
Ces organisations, lorsqu’elles ne sont pas groupusculaires (comme les innombrables groupes trotskistes d’une quinzaine de militant.es ou qu’elles n’ont pas sombré dans le réformisme le plus crasse et la collaboration de classe -comme l’UNEF), sont incapables de mener la lutte sur un terrain qui inflige réellement des pertes aux entreprises capitalistes, ou des actions qui menacent la légitimité des gouvernements.
L’exemple le plus parlant, en France, est celui de la CGT, dont s’est tenu récemment le 52ème congrès. Premier syndicat de France, cette organisation plus que centenaire, a joué un rôle décisif dans la majorité des conquêtes sociales du XXème siècle, avec des bastions solides dans la majorité des secteurs d’activité. Ce syndicat était composé d’hommes et de femmes dotés d’une conscience de classe, et d’une vision de la lutte qui les ont amené à organiser et décréter à de nombreuses reprises la grève générale, dont les plus marquantes en 1936, en 1947 et en 1968 ! Des grèves qui avaient un impact sur l’économie, qui ont « paralysé le pays », à chaque fois durant plusieurs semaines, du fait de l’arrêt total de plusieurs secteurs d’activité, et qui ont obligé les capitalistes à lâcher (un peu) du leste, sur leur manière de nous exploiter (augmentation des salaires, davantage de congés payés…).
Cependant, en 2019, et ce depuis de nombreuse années, la CGT n’appelle plus à la grève générale et reconductible, mais convient d’un « appel », plusieurs semaines à l’avance, le plus souvent avec d’autres syndicats, dont la plupart sont tous sauf révolutionnaires (comme la CFDT et Force Ouvrière), pour une seule journée de grève, par-ci, une journée de grève par-là, assortie d’une manifestation déclarée, bien encadrée, qui rentre qui dans le parcours défini par la préfecture, et surtout sans débordement, toujours selon le même schéma : les syndiqués se mettent en grève pour la journée (voire pour la matinée), et se rendent au lieu convenu pour le rassemblement. Puis ils défilent, drapeaux à la main, derrière la banderole syndicale, en suivant le rythme du camion de la CGT qui passe en boucle « On lâche rien » de HK et des hits largement démodés et dépolitisés. Puis, arrivés à la fin du parcours, les manifestants se dispersent et rentrent chez eux (ou vont travailler pour certains).
Le lendemain, ils retourneront travailler pour leur patron, ou pour l’Etat si ils sont fonctionnaires. Ce n’est pas une critique individuelle des manifestants et des grévistes, qui sont conscientisés et luttent avec leurs moyens (les militants de « L’Indignation » en font partis). Ce n’est pas non plus une critique propre à la CGT, elle pourrait d’ailleurs s’appliquer de la même manière à toutes les structures syndicales nationales en France. C’est simplement pour dénoncer l’absurdité de nos modes d’actions, voire leur nature contre-productives.
En effet, en l’absence de perspectives révolutionnaires, les travailleurs ne peuvent se permettre de faire l’impasse sur plusieurs jours de salaire. Cependant, le seul et unique impact, qu’aura eu cette journée de mobilisation mensuelle, c’est la symbolique. Pouvoir se compter, pouvoir dire « on est là, on revendique », et avoir le droit à quelques minutes sur les chaînes d’information qui, quasi systématiquement, travestissent ou minimisent les revendications des manifestants. Surtout, l’objectif de la grève, comme moyen d’action, est complètement dévoyé, car l’impact de quelques milliers de personnes en grève, sur une seule journée, est quasiment nul économiquement. Le capital ne fait pas de perte, car aucun secteur d’activité n’est à l’arrêt, surtout depuis qu’il a trouvé le moyen d’employer des gens en contrat très court pour suppléer les grévistes. La seule perte économique est pour le travailleur, qui perd environ 60 euros sur un SMIC. Dès lors, le constat est limpide: « Pourquoi sacrifier 60 euros pour un résultat absolument nul ». C’est la pression financière, couplée à l’inefficacité des journées de mobilisation qui finissent par éloigner les travailleurs des cortèges syndicaux.
Face à cette situation, je pense que si le syndicalisme veut de nouveau avoir des résultats sur le terrain, et attirer de nouveaux les travailleurs (les deux étant inextricablement liés, on rentrerait dans une spirale positive), il faut revenir aux méthodes d’origine de la CGT révolutionnaire, à savoir la grève générale ! En effet, le cœur du travail d’un honnête militant de « Gauche Radicale », quelle que soit sa mouvance politique, est d’agir le plus efficacement possible pour mettre à mal le système capitaliste et provoquer sa chute, pour aboutir à la société sans classe. Pour cela, il doit s’appliquer à faire émerger une conscience de classe dans son environnement social, et faire germer dans les têtes l’envie de lutter pour le Socialisme. Cela permet de constituer ses rangs pour la révolution, mais aussi pour poser les bases de la société nouvelle, qui passe par l’expropriation des moyens de production.
Et comme toute bataille, la bataille entre capitalistes et prolétaires pour les moyens de production ne se mène pas en un jour, et ne se gagne pas en une fois. La grève générale est précisément l’expression de cette lutte. C’est le moment où ceux qui produisent ont décidé de ne plus produire pour enrichir la bourgeoisie, faisant sentir que « l’économie du pays », la croissance, le PIB, que l’on nous rabâche à longueur de journée sur les plateaux télé, ne reposent précisément que sur le travail et l’exploitation des travailleurs. Une grève générale inverse le rapport de force : ce n’est plus l’employé qui est dépendant de son patron qui a la générosité de lui fournir un emploi. Non, ce sont les dirigeants de l’entreprise qui sont dépendants du retour au travail des employés pour ne pas perdre leurs dividendes. Par le fait qu’ils choisissent unanimement de ne plus travailler, les travailleurs ont déjà repris le contrôle sur la production, et sur la société. Une grève générale totale de quelques semaines, et le monde des puissants s’écroule. Ce n’est pas pour rien que c’est lors des grèves générales que l’on a obtenu des acquis sociaux. Le jour de repos le dimanche, la journée de 8h, les congés payés, les hausse du SMIC et des salaires…
Toutes ces choses précieuses que nous avons arraché au patronat, et que l’on ne cesse de nous reprendre depuis quelques décennies, ont été gagné par la lutte, par des semaines de grèves générales et des occupations d’usines, souvent accompagnées de grosses répressions de la part du patronat. Pas en défilant un jour par mois de la gare à la place Garibaldi.
Oui la lutte paye, car sans elle, nous travaillerions toujours dans les mêmes conditions qu’à la fin du XIXème siècle. Mais la mener demande de la détermination, de l’organisation, des sacrifices et surtout de la radicalité et de l’intransigeance vis-à-vis de nos ennemis, mais aussi de nos propres camarades. Il faut en finir avec ces mouvements sociaux « défensifs », qui ont pour but d’essayer de ralentir l’impitoyable machine néo-libérale, avec une efficacité largement relative ces dernières années.
Loi Travail, Loi ORE, mouvement des cheminots, réforme du bac, Parcoursup… Toutes ces luttes ont fini par échouer. Macron et son gouvernement, malgré le fait qu’ils soient impopulaires, et menacés chaque samedi par les Gilets Jaunes, ont pourtant les mains libres pour faire passer toutes leur lois.
La seule manière de renverser la vapeur, d’arrêter d’enchaîner les défaites sociales et de stopper l’hémorragie de nos droits sociaux, c’est de repasser à l’offensive ! Et cela ne pourra se faire sans l’arme principale à disposition de la classe ouvrière : la grève générale !
Alors Camarades, tous ensemble et toutes ensemble, GRÈVE GÉNÉRALE !
Lucas