1 /LE TRAVAILLEUR, LE FAUX IDOLE ET LA MERE SAUVAGE
a) Lamentations contemporaine
Je suis le travailleur acharné,
Ma lumière est dans le gouffre,
Ma condition l’a chassé et
Je me dois de vivre alors :
Je suis le travailleur acharné.
Je trime le jour en bête d’airain,
Dieu l’industriel m’oppresse et moi,
Moi je suis dans son culte douloureux,
Une adoration vitale, je dois
– vivre -.
Les honneurs ne sont pas pour moi,
Je suis un travailleur parmi la foule,
Foule née sans Dieu
Et trouvant « VIE » dans son substitut,
Création d’autres que moi.
( – Cela, nées sous le bon Dieu )
Toujours dans cet enfer,
Sans lumière.
– Sans elle ?
– Soit ! Je dois VIVRE !
Dieu industrie me paye
Mon labeur me tue
Mais je survie,
Ce sont la tout les honneurs.
L’appel sauvage, la révolte,
Les créateurs du dieu la détruisent.
– Mais le savent-ils ?
– Quoi donc ?
– Qu’ils en sont aussi l’esclave ?
– De ce dieu ? A quoi bon…Ils vivent.
L’appel est depuis longtemps,
Depuis des générations, qu’un souvenir ;
Nous en parlons, mais l’acte, l’action,
N’est qu’un fantasme.
Et le labeur continu
Le dieu s’enorgueillit.
Nature, ô mère sauvage,
Où es-tu ?
Et moi je ne te ressens plus !
Où est ton appel ?
Je n’ai plus de fougue !
Suis-je déjà un domestique ?
Mais il est vrai que je ne te vois plus,
Ton secret n’est plus à mes yeux,
Ton charme a disparu et
– J’ai peur !
Nature, Ô mère , je suis un travailleur.
Un esclave de mes paires pour un faux Dieu !
Je t’en conjure rappelle-moi à toi !
Dans mon gouffre il n’y a rien,
La ferraille ma sueur, mon désespoir :
Tout cela m’oppresse !
Il n’y a autour de moi que désolation,
Plus rien ne vit, ton œuvre même,
Jusqu’au cœur du plus sacré et sauvage,
Ne semble plus être ! Tout est disparu.
J’aimerais voir mère !
Pouvoir faire l’expérience des choses !
Mais je dois vivre…
C’est dans ma nature !
( tu m’as fait ainsi : survivre ! )
Mais pourquoi ? Regarde moi !
Scarifier par le travail et les fouets,
Ceux de l’oppression et du silence !
Usé par le temps qui est passé,
Passer sans que je ne l’embrasse !
Abattu par la vie qui me quitte,
Qui me quitte sans que je ne le sache !
Regarde ton fils, est-ce cela que tu voulais pour moi ?
J’en viens à me demander :
« Ou l’enfer se trouve-t-il ? » ,
Tans la vie me semble l’être.
Mais voilà que le faux idole parle :
b) Paroles de l’idole
C’est ton destin,
Ainsi tu es fait,
Je t’ai travaillé.
Tu dois vivre,
Alors tue-toi à le faire !
N’attend plus car
Tu n’as rien à attendre.
Qu’aurais-je à te donner ?
Ta mère, tes aînés et tes pères
L’ont violé dans sa couche.
Elle est partie sanglante,
Et tu restes ici orphelin et héritier,
Tu restes ici dans ce gouffre.
Et tu iras jusqu’à mourir pour
Survivre.
C’est ainsi que tu es fait ,
C’est ainsi que ceux avant toi firent.
Il en a toujours été ainsi ,
Les vrais battements de votre cœur,
Sont ceux du marteau contre l’enclume,
Et des chaînes battantes sur le sol.
Travaille pour vivre,
« Soit domestique, ou Domestique ! »
C’est la mon seul commandement.
c) Plaintes des travailleurs
Je veux être !
Je veux vivre !
Je veux être libre !
Je veux vivre libre !
–C’est dans l’espérance que l’homme,
Que la femme est l’enfant,
Trouveront toujours la voix.
L’espérance enflamme les cœurs !
Laissez moi espérer,
Laissez moi la folie de croire !
d) Voix de la nature
Et on entendit plus rien,
Plus rien du vacarme de la nuit.
Les lumières à pâlirent pour faner,
Les souffle, lutte vitale, cessèrent :
Le silence se fit dominant et maître .
Car c’est ainsi qu’il va de toute chose.
La lutte pour vivre est une illusion,
La vie se suffit à elle-même, elle n’a que faire de lutte
Elle est en vérité, je vous le dis,
En toute chose, une sorte de force ;
Un souffle prodigieux mais douloureux.
Ce qui force l’homme à se transformer,
À se transformer en loup,
C’est la peur de ne rien être,
De n’avoir aucun contrôle à la fin,
La frayeur Du dernier souffle,
Du dernier est éternel silence.
Il est cet instinct en chacun,
Cette prodigieuse force,
Cet élan lumineux et si violent
Qui nous pousse à nous battre !
Oui car j’ai en moi c’est essence divine :
Liberté, rêve, révolte.
Et j’embrasse ses dieux supérieurs,
Car dans chacune de mes créations,
Chacun de mes enfants ils y sont.
Ils sont les seuls dieux à prier,
Les seuls idéaux chérir,
Les seuls secrets à partager.
Mon hurlement est sauvage,
Que le tien le soit aussi
Car c’est dans ta nature.
Tu n’es aujourd’hui que le fruit,
Le fils bâtard de la domestication !
Hurle ! Hurle et sois sauvage !
Prix avec autant de force,
De fougue que le torrent,
Porte tes rêves et aspirations
Plus haut que les cieux étoilés,
Et fait que ta révolte soit dure,
Soit forte comme le roc et le chêne.
Car c’est dans ta vraie condition,
Brise les chaînes du travailleur
Et aime la nature secrète,
Impénétrable, empanacher de ses
Mystères et ses secrets obscurs ,
Mais ne te prive, en rien,
De goûter encore au sein maternel.
Goutte donc cette liberté :
Celle de t’évader dans les bois, loin
De courir et marcher, marcher,
Pour découvrir et enfin combler
Combler ce gouffre en toi :
Combattre les durs stigmates
Ceux De ta Domestication
2/ A TON FILS. A TA FILLE
Veux-tu vraiment avoir à dire
A ton fils, ton bambin,
Pourquoi le ciel est gris
Quand tu lui promettais bleu ?
Lui expliquer pourquoi ces chaînes,
A ton gosse, ton trésor,
Quand tu lui parlais du monde,
De cette aventure – Laquelle ?
Un jour tu devras lui dire mon vieux,
A lui ton fils, ce gamin qui bave,
Pourquoi il grandit aujourd’hui,
Dans le carnaval de la haine et du rouge.
Pourquoi les fêtes ne sont plus qu’un souvenir,
Pourquoi les rires sont effacés,
Pourquoi le temps est pauvre
Et les temps sont pauvres.
Tu lui diras pourquoi les champs sont de croix,
Et pourquoi le chant est tout bas.
Tu lui diras pourquoi les couleurs sont tristes,
Et lui, pourquoi il est condamné à vivre.
Tu lui diras toutes ces choses d’hier,
Cette histoire que tu as vue naître,
Et tu lui diras « Papa a été lâche »
ou « maman n’a rien fait ».
Et tu lui diras à ton fils,
Et toi tu lui diras à ta fille,
Pourquoi son monde est si différent,
Si lointain des couleurs de ces contes.
Tu lui diras à ton fils l’histoire de ces pères,
La couleur des ciels le soir,
Et les yeux qui se moirent face à celui-ci :
L’absolue horreur.
Tu devras à ton fils,
Lui raconter comment de son trône,
La belle liberté, souveraine des esprits,
Fut abolie pas ses enfants.
Comment lâchement vous avez observé,
Contempler, l’apesanteur de sa chute,
Et les sévères gravité dans son oeil,
Son oeil déjà clos.
Tu devras un soir souffler une dernière fois,
Laisser ta main sans fil, et ton coeur sans rythme.
Mais surtout, tu laisseras ton fils et ta fille,
Dans ce monde que toi lui a créé.
Tu lui laisseras ces démons que tu as construit,
Ces fous que tu as fait vivre.
3/ LA NOUVELLE EGLISE
C’est un étendard rouge que brandissent les hommes
Là dans la rue… foule exultante, cohorte furieuse.
Une femme le sein nue, un homme l’échine courbé,
Un Gavroche abattu, et le chant d’hier aux allures du retour.
Un mouvement se trame, la masse exulte,
Mais où sont le coeur et les choeurs : Les « Compagnons »,
Les fidèles de Marianne ont perdu la prestance de leur jeunesse.
Une Eglise nouvelle à la main avare et envieuse,
Torture de psaumes menteurs et de rêves bucoliques
Où femmes, hommes, sexe et lubie honteuse
Sont une sainte Trinité prié avec la ferveur des Franciscains.
Voilà son haleine, soufflant un mot, qui nous pousse ici,
Voilà son oeil, rapace affamé, qui nous épie dans le geste.
Une nouvelle Eglise nous a donné la main.
Et pourtant une révolution se Ranime comme un Lazard qu’on bouscule.
Une épiphanie qui lentement se Ranime du fond des caveaux, des suaires,
Des mémoires, du fond d’une histoire bien trop cyclique qui conduit toujours,
Sans l’ombre d’un coeur battant, vers la bière, historique litanie.
République, la peureuse se courbe devant l’Eglise, Rêves,
Comme poussière au vent, espoirs, comme flamme dans la tempère.
Mais jamais l’idéal ne fléchira…
Chaque esprit pourrait bien faire faner la rose Liberté,
Mais tant qu’un seul sera le havre, Front Résistant et Batailleur,
L’Eglise et son inquisition, l’Eglise Capitale, pourra toujours rager,
Enrager, face a cette Lumineuse Résistance,
-Car –
C’est un étendard rouge que brandissent les hommes
Là dans la rue… foule exultante, cohorte VICTORIEUSE
Pier. R